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Jeunesse

Ils ont rendez-vous en terre inconnue

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Le collège Lavoisier au sommet 

Pendant toute l’année scolaire, le collège Lavoisier accueille la compagnie de théâtre pantinoise Les Temps blancs. Cette résidence au long cours, qui engage une classe de quatrième et ses professeurs, s’inscrit dans le dispositif In Situ, l’un des plus ambitieux projets d’action culturelle du département.
Reportage réalisé par Hana Levy à l’occasion de la journée de lancement, publié dans Canal n°274, décembre 2018.


Attention ! Attention ! Baissez la tête ! "
Devant les élèves médusés, le comédien Jean-Erns Marie-Louise jette une corde au travers du réfectoire du collège Lavoisier et entreprend l’ascension horizontale de la face nord de la cantine. Cette performance donne le la de la résidence du metteur en scène Victor Thimonier et de sa compagnie.
Lauréate, en octobre dernier, du tremplin Nouvelles Ondes, un coup de pouce de la municipalité aux compagnies émergentes du territoire, la jeune troupe pantinoise a vu sa pièce, Le Mont Analogue, programmée dans la saison culturelle de la ville. Par ricochet, elle a décroché cette résidence.

Tirée du roman inachevé du poète René Daumal, la pièce convoque les territoires imaginaires d’une montagne invisible autour desquels la compagnie brode afin de proposer aux élèves, à raison d’une semaine par mois, des ateliers d’improvisation et d’écriture pour inventer la fin de l’histoire, travailler le jeu théâtral et créer des reportages radiophoniques.

Le cahier des charges d’In Situ implique une classe référente engagée dans un processus créatif, une équipe artistique et pédagogique qui porte le projet, des spectacles de la saison culturelle à découvrir et une résidence qui infuse dans tout l’établissement.

De son côté, Victor Thimonier a conçu cette résidence comme un laboratoire dans lequel les élèves sont les témoins et les acteurs de la création du spectacle. En clair, le travail réalisé avec les collégiens nourrira la pièce.
" Ce qui importe, précise-t-il, n’est pas tant la fable de Daumal que le processus d’imagination à l’œuvre. Pour moi, il s’agit d’aborder tout à la fois l’utopie à atteindre et la capacité qu’a la littérature d’inventer de nouveaux territoires. " Et de préciser : " J’ai envie que la résidence suscite du désir pour le théâtre, ce plaisir de lire à plusieurs. J’aimerais aussi qu’elle réenchante les espaces, y compris celui du collège ! "

Nouvelle dynamique d’apprentissage
À l’initiative de ce projet, Yasmina Touil, professeure de français, mesure sa chance : " J’ai été touchée par la pièce, cette cordée où chacun est relié à l’autre. C’est finalement l’histoire de la vie. Ce travail va favoriser l’épanouissement culturel et structurer différemment les élèves. "
Devenue projet d’établissement, la résidence devrait en outre insuffler une nouvelle dynamique aux apprentissages grâce à une collaboration interdisciplinaire entre les enseignants.
Ainsi, les professeurs de français et d’EPS vont travailler autour du déplacement dans l’espace, celui de SVT sur la montagne, le professeur de sciences physiques sur le son et l’optique, tandis que celui de musique composera la bande originale de la pièce.
" Ce genre d’initiative, appuie Rayane Gaffat, professeur d’EPS, permet de lutter contre le décrochage scolaire en offrant une vision personnelle et collective forte. Elle renforce la confiance en soi et apprend aux élèves à s’exprimer de façon claire. "
Et Clément Hudault, responsable des relations avec le public pour le pôle spectacle vivant de la ville, se prend à rêver : " À l’issue d’une de ces résidences, le documentaire Swagger, réalisé dans un collège du département, a été sélectionné au Festival de Cannes. Qui sait, peut-être que ce projet pourrait connaître la même destinée… "

Au printemps, une représentation théâtrale et un documentaire radiophonique seront présentés par la classe. Alors, à quand une représentation au Festival d’Avignon ou une radiodiffusion sur France Inter ?

Entre piolet et poésie
Si la pièce de Victor Thimonier a été créée avant la résidence au collège Lavoisier, il faudra attendre le mois de mars pour la découvrir au théâtre du Fil de l’Eau. Sur scène, trois comédiens font irruption en cordée, harnachés dans des baudriers. Ahanant, défiant un vide invisible, ils atteignent une table jonchée de livres sur laquelle trône… une machine à café ! Pendant près de deux heures, ces trois sportifs de haut cerveau explorent les territoires symboliques du Mont Analogue, une montagne devenue invisible par la courbure de l’espace. Tirée d’un roman culte pour les alpinistes, cette pièce à l’esprit potache prend sous nos yeux la forme d’une quête spirituelle où mythologie et bibliographie remplacent pieux et crampons.

Qu’en disent les 4e 8, véritables acteurs du projet ?
 

J’adore les ateliers d’imagination car j’invente des histoires tous les soirs pour mon petit frère. Ce projet va nous permettre de voir le théâtre et la vie autrement.

 

 

Ce projet va nous aider à mieux nous exprimer à l’oral et à avoir plus confiance en nous. Victor est notre mentor : il nous permet de voir plus loin que ce qu’on imaginait !

 

 

Le théâtre, ça ne me parle pas mais ça va peut-être me permettre de  réfléchir à la vie. Je n’aime pas trop l’école mais là je vais apprendre des choses différentes.

 

 

Cette résidence va élargir notre culture générale qui aide à être plus confiant, à mieux connaître le monde et à faire des rapprochements.

 

 

Au début, lorsque les professeurs ont parlé du projet théâtre, j’ai pensé Molière et j’ai eu peur ! Mais dès qu’on a commencé les ateliers, j’ai compris qu’on allait travailler notre imagination, aborder la métamorphose et la mythologie, découvrir le métier de comédien et faire des sorties. Ça nous permet aussi de voir les profs d’un œil différent !