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Patrimoine

Journées Européennes du Patrimoine

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Le dernier tube des halles Pouchard

Dernier grand vestige industriel de la ville « en l’état », les monumentales halles Pouchard s’ouvrent au public. Des visites libres ou commentées par des historiens racontent l’histoire du site et des techniques de transformation des tubes d’acier via un cheminement agrémenté d’expositions et de spectacles.
Article de Alain Dallouche, publié dans l'agenda de Canal n°281, septembre 2019. 


Le voyage dans le temps transporte dans les années 1950. Le voyage dans l’espace conduit dans deux halles monumentales de 160 mètres de long, 25 mètres de large et 18,5 mètres de haut. Ces structures de métal et de brique constituent un emblème industriel caractéristique des constructions des années 1950. « Nous sommes sur l’un des derniers sites industriels qui a conservé son intégrité physique au bord du canal de l’Ourcq », insiste Antoine Furio, chargé d’inventaire du patrimoine du département. Mobilisé pour les visites avec trois autres historiens, ce spécialiste du patrimoine industriel insiste sur les deux aspects commentés : l’entreprise et les techniques de fabrication d’un côté, l’histoire urbaine et de l’architecture de l’autre.
Construites en briques pleines (en partie basse) et briques creuses, les deux principales halles furent édifiées par l’entreprise Pouchard entre 1949 et 1953. Aux imposants bâtiments, visibles du canal, s’ajoutent d’autres halles de stockage, moins hautes, masquées par le vaisseau amiral. Un empire industriel ? Dans les années 50, la famille Pouchard disposait de 3,8 hectares entre le site de la rue du Cheval-Blanc et celui de la rue Jules-Auffret, détenant le titre (officieux) de l’entreprise la plus importante de la ville en termes de surface occupée.

Le tube se nourrit d’espace
Une emprise foncière forte qui répond aux besoins de l’activité, comme le précise Antoine Furio : « L’industrie du tube est très consommatrice d’espace. Pouchard transforme le tube, le traite, lui donne une forme, une section, un diamètre… La matière première, entrant par convois ferroviaires, est aussi importante que le produit fini sortant. L’entreprise a besoin de longueur pour ses bancs d’étirage qui pouvaient mesurer plus de 20 mètres, et de hauteur pour les ponts roulants qui déplacent les tubes d’une étape de fabrication à une autre. Les manipulations d’acides utilisés pour le traitement de l’acier demandaient un certain volume d’air. La hauteur des halles répond aux besoins de production mais également de stockage. »
La visite livre des clefs sur le fonctionnement de cet outil destiné à alimenter l’industrie automobile, la construction mécanique, navale ou agricole. Le récit s’intéresse aussi à l’histoire des hommes : le concepteur des halles, Louis Corlouet, cousin de la famille et architecte de la préfecture de police qui délivrait les autorisations d’implantation des entreprises… ; les trois générations de dirigeants, tous prénommés Francis, du père breton venu s’installer à Pantin au petit-fils qui céda le site en 2017 pour s’installer à Mitry-Mory (Seine-et-Marne). Une saga industrielle et patrimoniale qui s’écoule le long du canal.

Samedi 21 septembre, de 13.00 à 18.00 et dimanche 22 septembre, de 13.00 à 18.00
Visites guidées et commentées de 45 minutes (départs toutes les 30 minutes, à partir de 13.15) ou visites libres.
Entrée libre sans réservation
Halles Pouchard
1, rue du Cheval-Blanc

Des histoires dans l'histoire

Outre une rétrospective photo sur la fabrication des tubes et l’histoire des bâtiments, la déambulation donne à voir deux expositions.

  • « Les journées du patrimoine racontent l’histoire de l’usine Pouchard. Il se trouve que nous faisons partie de cette histoire », avance Élisabeth Harbonn, co-fondatrice du collectif d’artistes Diamètre 15, installé dans les lieux depuis octobre 2018. Les 22 artistes occupant provisoirement le site présentent leurs créations, des œuvres achevées ou en cours de réalisation. « Nous plaçons des œuvres dans le cheminement de la visite. L’idée est de montrer ce que sont des ateliers d’artistes et donc de dévoiler le travail en cours », précise-t-elle. Peintres, sculpteurs, installateurs… occupent actuellement une surface de 700 m2 au sein des halles Pouchard.
  • Autre exposition à découvrir, des œuvres appartenant au fonds d’art de Pantin. La sélection fut réalisée en avril dernier parmi quelque 200 créations. Le jury ? Une vingtaine de Pantinois des maisons de quartier Mairie-Ourcq et des Quatre-Chemins ont choisi ces créations à partir d’un musée numérique virtuel conçu par l’artiste Jean-Baptiste Lenglet : « Ce musée virtuel regroupe tout le fonds d’art de Pantin qui comprend des photos, sculptures, peintures, sérigraphies… Les Pantinois ont sélectionné les œuvres, puis réalisé une maquette de l’exposition. » À la lueur de ces explications, le titre de l’exposition se comprend : « Moi, commissaire d’expo. »

Murmures et musique

Des poésies soufflées aux oreilles à l’aide de cannes creuses et des chants de musique baroque enrichissent la découverte du lieu.

  • Samedi 21 à 18.00, les chants baroques vont résonner dans ce lieu monumental. Les voix ? Celles des chanteurs de l’académie musicale de Philippe Jaroussky, contre-ténor révélé sur le tard à la musique classique et bien connu des aficionados. L’académie du chanteur, située à Boulogne-Billancourt, ajoute des ambitions citoyennes aux prétentions artistiques : « Permettre la découverte de la musique classique à un public qui en est éloigné (...). Accompagner de jeunes talents vers une carrière professionnelle. Créer du lien entre professionnels et amateurs (...), entre le public et les acteurs culturels du territoire. » Réservation obligatoire sur le site internet du CDT 93 et sur place.
  • Au gré de la visite, un commando poétique chuchote des secrets aux oreilles des visiteurs à l’aide de longues cannes creuses. Pour l’occasion ce collectif d’artistes murmure des confidences... sur le vide. Celui contenu dans les tubes ? Celui de cet espace monumental ? Les Souffleurs se définissent comme artistes-poètes. Ils poursuivent le Graal de la « tentative de ralentissement du monde », pensant et expérimentant sa possibilité de transformation par le seul regard.

Le patrimoine à suivre

Les 21 et 22 septembre, le Centre national de la danse, l’église Saint-Germain et le Ciné 104 se dévoilent également. Devenues familières pour les Pantinois, ces architectures recèlent encore bien des secrets.

Un monument de la danse

« Comme l’an dernier, nous reprenons des visites accompagnées, comprenant une découverte des coulisses du bâtiment : le toit terrasse, le grand studio et son foyer d’arrière-scène pour l’échauffement, le studio 4… », déclare Ludovic Pereira, chargé des relations avec le public. Pour parfaire la découverte de cet édifice massif de béton brut, la nouvelle cinémathèque de la danse va projeter en continu une vidéo d’une demi-heure environ autour de la danse et de l’architecture. Si ce bâtiment public se visite toute l’année, l’accès aux studios ou au toit terrasse reste l’un des privilèges de ces journées. Tout comme les explications fournies sur ses activités bien particulières. Les plus anciens de la ville se souviennent certainement que ce bâtiment, inauguré en 1973, abritait l’ancien centre administratif réunissant en un même lieu Sécurité sociale, tribunal d’instance, commissariat et service des impôts.

Samedi 21 septembre de 14.00 à 19.00. Entrée libre.
Centre national de la danse
1, rue Victor-Hugo

 

L'église et ses vitraux

Le plus ancien édifice pantinois se parera de cinq nouveaux vitraux au terme de sa restauration en 2022. Un prétexte choisi pour s’intéresser de près à ces compositions de verre datant du début du Moyen Âge avec une conférence du maître verrier Pascal Bouchard. Un concert donné par l’organiste de l’église accompagne ces journées.

  • Samedi 21 septembre à 15.00, conférence de Pascal Bouchard sur le travail du vitrail aujourd’hui.
  • Dimanche 22 septembre à 14.30, reprise du diaporama de la conférence.
  • Dimanche 22 septembre à 16.00, concert Lumière et vitraux, avec l’organiste de l’église Vincent Decleire.

Église Saint-Germain
1, place de l’Église

Cinéma Paradiso

La visite de la cabine de projection du Ciné 104 renvoie à la magie du cinéma et ne peut qu’évoquer les nombreux longs-métrages où le cinéma occupe une place majeure, de Cinéma Paradiso à Inglourious Basterds, en passant par La Rose pourpre du Caire. Des projections de films ad hoc et une ciné-balade s’ajoutent aux visites de cette ancienne salle des fêtes transformée en 1986, puis métamorphosée en 2004.

  • Samedi 21 septembre, 16.30 : projection de L’usine & les ouvriers, en écho aux visites des halles Pouchard, avec l’intervention d’un historien. Tarif unique : 3,5 €.
  • Dimanche 22 septembre à 11.00 et 11.30 (pour le jeune public), à 17.00 et 17.30 (tout public) : visites de la cabine de projection (15 minutes), 6 personnes par visite. Entrée libre sur inscription uniquement par mail ou téléphone : emilie.desruelle@est-ensemble.fr/01 83 74 58 73 (jeune public) ; arlene.groffe@est-ensemble.fr/01 83 74 58 72 (tout public).
  • Dimanche 22 septembre à 15.00 : ciné-balade. Balade guidée dans le quartier de l’église et autour du cinéma (1 heure environ), suivie par la projection du film Les Rues de Pantin (30 minutes). Entrée libre sur inscription uniquement par mail ou téléphone : arlene.groffe@est-ensemble.fr/01 83 74 58 72.

Ciné 104
104, rue Jean-Lolive