© Olivier Jobard 

Culture

Sur la route d'un migrant

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Les bibliothèques de la ville, gérées par Est Ensemble, accueillent, trois mois durant, une exposition regroupant les clichés du photoreporter Olivier Jobard, lesquels révèlent le voyage d’un jeune migrant, Kingsley, de son pays, le Cameroun, jusqu’à la France. Fort et émouvant.
Article de Anne-Laure Lemancel, publié dans l'agenda de Canal n°283, novembre 2019.


En 2000, à Sangatte, ce hangar reconverti en camp où s’entassaient des réfugiés rêvant de gagner l’Angleterre, la carrière du photographe Olivier Jobard bascule. Au fil de son reportage pour l’agence Sipa Press, l’homme noue des liens forts avec des exilés afghans, tchétchènes, irakiens, bosniaques, sierra-léonais… Sa vie s’en trouve bouleversée. Aujourd’hui, il raconte : « Comme photojournaliste pour l’agence Sipa Press, je couvrais, depuis une dizaine d’années, les conflits dans leurs pays, ces événements qui avaient décidé de leurs périples contre la mort et de leur présence à Sangatte. Je me suis senti intensément concerné. » Tant et si bien qu’il décide d’axer ses travaux sur les questions migratoires.
Loin, pourtant, d’un regard distancé ou clinique, l’œil du photographe épouse au plus près ces mouvements de population en suivant des destins individuels. Ainsi a-t-il accompagné un jeune Afghan à son arrivée en France, de 12 ans à sa majorité (Cœur de Pierre, Arte, 2019), suivi le périple d’une famille syrienne (Tu seras suédoise, ma fille, France 2, 2018), ou encore l’odyssée de cinq Afghans (Comme une pluie de parfum, Arte, 2015). « J’incarne la migration à travers des personnes. Je lui donne voix et visage », résume-t-il.

Choc des photos, poids des mots
Son premier voyage de ce type a lieu en 2004. C’est d’ailleurs celui qu’il révèle sur les murs des bibliothèques pantinoises. Cette année-là, il suit l’exil de Kingsley, un Camerounais de 22 ans, qui rêve, après des tentatives avortées, d’un avenir meilleur en France. Il l’accompagne à travers le Nigeria, le Niger, l’Algérie, le Maroc, les Canaries, jusqu’en Espagne. À ses côtés, il traverse le Sahara et ses dangers – les brigands, la chaleur –, puis l’Atlantique sur une coquille de noix, rebaptisée le « panier » tant l’esquif prend l’eau.
Par ses photos, il immortalise les souffrances, les pleurs, les doutes, les embûches, mais aussi la noblesse et le courage de ces personnes empilées dans des camions aveugles ou des embarcations de fortune. Il photographie aussi l’espoir et les émotions de Kingsley. Sur les clichés du photographe, le jeune Camerounais pose ses mots. Car, sur la route, il n’aura de cesse d’écrire son carnet de bord. Et ce sont ses paroles qui sous-tendent les images d’Olivier dans le livre Kingsley, carnet de route d’un immigrant clandestin (Éditions Marval).
Dans les bibliothèques de Pantin, une sélection de 14 clichés retrace cette aventure. Le choc des photos et le poids des mots donnent corps et âme à ces si terribles trajets.

Kingsley, carnet de route d’un immigrant clandestin

  • Bibliothèque Jules-Verne :

Du mardi 5 au samedi 30 novembre.
Visite guidée par Olivier Jobard, vendredi 22 novembre à 18.00.

  • Bibliothèque Romain-Rolland :

Du mardi 3 au samedi 28 décembre.

  • Bibliothèque Elsa-Triolet :

Du vendredi 3 janvier au samedi
1er février.

Gratuit.
Site internet d'Olivier Jobard.