© Ian Grandjean 

Culture et patrimoine

La culture fait son grand retour

On peut l’espérer : cette fois, la culture remonte pour de bon sur ses tréteaux pour nous faire réfléchir, rêver, vibrer. À Pantin, le menu promet d’être excellent, avec une attention particulière portée à notre part d’enfance et à l’état du monde. Petit tour d’horizon.
Article de Anne-Laure Lemancel, publié dans Canal n°299, septembre 2021.

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« La culture nous a tellement manqué ! Quelle joie de redécouvrir le plaisir d’être ensemble ! » L’émotion éclaire les mots de Charline Nicolas, adjointe au maire déléguée aux Cultures, aux Mémoires et aux Patrimoines, lorsqu’elle évoque la Saison 2021-2022. « Nous soutenons les artistes, reprend-elle. Ainsi, une dizaine de spectacles de la saison précédente sont reprogrammés. Nous allons, par ailleurs, perpétuer certains éléments de la Saison Bis, inventée lors du deuxième confinement, comme les visites, côté coulisses, du théâtre du Fil de l’eau. » En outre, deux nouveaux lieux devraient ouvrir fin 2021 et en 2022 : les sheds, ex-bâtiments industriels réhabilités, en partie dédiés aux arts visuels et l’espace Nelson-Mandela, aux Courtillières, doté d’une salle de diffusion de 150 places et d’un théâtre de verdure de 135 places.
Ici comme ailleurs, la culture s’offre donc une renaissance. Voici peut-être pourquoi, à Pantin, la programmation se pare d’un parfum d’enfance. Ainsi, 50 mètres, la légende provisoire explore les zones d’autonomie des petits dans la cité, grâce à la participation d’une classe et d’habitants de la ville. Quant à Fracasse ou les enfants des Vermiraux (Compagnie des Ô, 19-20 octobre), il raconte la révolte d’un orphelinat, via la reprise tumultueuse du chef-d’œuvre de Théophile Gauthier.

Vertige de l’ouverture

Dans cette Saison, il y aura donc de l’aventure, mais aussi de la réflexion. Car, comme l’exprime l’élue : « La culture est porteuse de messages politiques. Ainsi, nous recevons un spectacle autour de la guerre d’Algérie (Et le cœur fume encore) et des créations concernant les problématiques écologiques. » Sur ce sujet, Auréliens (François Grémaud/2b compagnie, 15-16 décembre) fait interpréter à un comédien le célèbre discours sur les enjeux climatiques de l’astrophysicien Aurélien Barrau. La Conf’, le spectacle loufoque de clowns-acrobates (compagnie La Sensitive, 11 décembre) met, de son côté, en scène un homo sapiens qui dilapide les ressources et creuse sa propre tombe ! Enfin, Dimanche (compagnie Focus et ChaliWaté, 11-12 février) narre deux histoires parallèles : la vie d’une famille et le reportage de journalistes sur la banquise. Et soudain, voici le salon familial inondé par l’eau de la fonte des glaces…
Vendredi 17 septembre, la Saison culturelle débute hors les murs avec une ouverture spectaculaire. Place de la Pointe, la compagnie Les Filles du renard interprétera Résiste où, dans une chorégraphie acrobatique aérienne, la funambule Johanne Humblet évolue sur un fil instable.

Résiste, vendredi 17 septembre, 20.30. Place de la Pointe. Dès 6 ans. Entrée libre.

Du sport, du rire, des sons, de la réflexion…

Six bonnes raisons de succomber aux charmes de la Saison

Pour vous repérer parmi les multiples propositions d’une saison foisonnante, Canal a sélectionné six spectacles à ne manquer sous aucun prétexte.

Au théâtre comme au foot

Son mentor, c’est Aimé Jacquet, « beautiful loser » qui, partout décrié, a permis en 1998 la victoire de l’équipe de France à la coupe du monde de football. Longtemps au chômage, la comédienne Léa Girardet a osé le parallèle : « J’ai perçu des similitudes entre ma situation et celles des footballeurs remplaçants. Des deux côtés, nous rêvons, sans jamais l’exercer, notre métier-passion… loin des projecteurs, dans l’ombre. » De cette comparaison, l’artiste a écrit un spectacle, Le Syndrome du banc de touche, un seul en scène drôle et touchant où elle incarne une quinzaine de rôles. Ainsi, Léa, désormais sous les feux de la rampe, rejoue-t-elle le match… Une leçon de coaching et d’optimisme ! À voir aussi : son Libre Arbitre, consacré à l’athlète sud-africaine Caster Semenya, soumise de force à un test de féminité car accusée d’avoir pris des hormones. « J’y dénonce l’appropriation, par la société, du corps féminin », éclaire-t-elle.

Le Syndrome du banc de touche, Cie Le grand chelem, théâtre du Fil de l’eau, le 1er avril.

Bêtises ordinaires

Les trois acrobates du Huitième Jour se sont rencontrés au Lido, Centre des arts du cirque de Toulouse. Sur scène, ils incarnent trois personnages qui se contentent d’exister dans un monde déserté. Mais l’ennui rôde… L’un des artistes de Huitième Jour, Idriss Roca, explique : « Nous avons développé une poétique déconnante autour de ces jeux qui naissent dans le désarroi, au cœur du vide, et pimentent le quotidien. Loin des grandes créations hystériques, nous nous concentrons sur les minuscules pas de côté, les manipulations d’objets, le burlesque poétique, à la manière d’un Buster Keaton… » S’ensuit un spectacle où le réel se détricote à coup de transgressions dérisoires, cocasses, irréversibles. De quoi enchaîner exploits du banal, gags loufoques et catastrophes rondement menées… Irrésistible !

Huitième Jour, Cie La Mob à Sisyphe, salle Jacques-Brel, le 11 décembre.

TROIS QUESTIONS A…

Olivier Villanove, metteur en scène de 50 mètres, la légende provisoire.

Canal : Comment est né votre spectacle ?
Olivier Villanove : De cette question : où se trouvent les enfants dans l’espace public ? Aujourd’hui, leur territoire est délimité aux barrières des parcs, alors qu’à l’époque de nos parents, les gamins fonctionnaient en hordes. Leur autonomie s’est rétrécie en trois générations. Même dans les campagnes, il n’y a plus aucun gosse dehors !

Et quelles conclusions en tirez-vous ?
O.V. : Mon devoir en tant qu’artiste, qui travaille pour le jeune public, réside dans l’émancipation de l’enfant : je dois éveiller son regard sensible, poétique, politique. Aujourd’hui, on dit aux petits : « Parle moins fort, ne cours pas... » On les polisse ! Et je me demande : mais, comment vont-ils grandir ?

Pouvez-vous nous présenter votre dispositif ?
O.V. : J’ai imaginé trois parcours pour les habitants : 7 kilomètres pour la génération de mes parents, 1 kilomètre pour la mienne, celle d’enfants nés avec les politiques sécuritaires giscardiennes et mitterrandiennes, et 50 mètres pour les enfants d’aujourd’hui, post-attentats.

50 mètres, la légende provisoire, Cie Agence de géographie affective, déambulation dans l’espace public, le 15 octobre.

Quatre comédiens et un enterrement

Enterrer collectivement un spectateur, convoquer les esprits d’Edison, d’Hugo, de Deleuze, rencontrer son propre fantôme… : voici le pari jubilatoire du spectacle-performance Hiboux. Sous-titré Tutoriel théâtral pour réussir sa mort et celle des autres, il interroge, avec tendresse, le néant après la vie. À la tête d’un collectif de musiciens, circassiens, plasticiens, comédiens, le metteur en scène Nicolas Chapoulier décrit ainsi sa drôlissime cérémonie funéraire : « Avec un format très documentaire, nous tâchons de démystifier ce sujet qui nous concerne tous, bizarrement sorti de notre quotidien… L’idée, c’était d’en refaire une énorme fête à notre sauce. Comme personne ne sait ce qu’il y a derrière, nous pouvons inventer ce que nous voulons, avec un maximum de liberté et de légèreté ! »

Hiboux, Cie Les 3 points de suspension, théâtre du Fil de l’eau, les 20 et 21 mai.

Rap de chambre

Après Kery James et Oxmo Puccino, c’est au tour de Youssoupha, l’une des plus fines plumes du rap français, 20 ans de carrière et de nombreux disques d’or à son actif, de s’offrir l’écrin précieux d’une tournée acoustique. Entouré du pianiste Manu Sauvage et du violoncelliste Olivier Koundouno, il revisite les joyaux de son répertoire sous une autre couleur, plus intimiste. La formule trio lui permet en outre davantage de liberté : sous les doigts des instrumentistes, ses créations deviennent mouvantes, captent l’air du temps et la lumière. Surtout, dans ce cadre resserré, Youssoupha peut laisser éclater ses émotions. Frissons assurés.

Youssoupha, Acoustique expérience, salle Jacques-Brel, le 6 octobre.

TROIS QUESTIONS A…

Margaux Eskenazi, metteure en scène de Et le cœur fume encore.

Canal : Comment est né Et le cœur fume encore ?
Margaux Eskenazi : À l’occasion d’un travail sur l’écrivain Kateb Yacine, je me suis rendu compte que je ne connaissais pas grand-chose à la guerre d’Algérie, notamment au sujet de la responsabilité de l’État français sur les mauvais traitements infligés à la population et aux harkis. J’ai voulu creuser…

Comment avez-vous procédé ?
M.E. : Alice Carré, la co-autrice, et moi-même nous nous sommes documentées sur le sujet deux ans et demi durant. Puis, nous avons mis à contribution notre équipe de sept comédiens avec des exposés à réaliser, des rencontres avec des survivants à organiser… Ensuite, pendant 12 semaines de répétition, nous avons écrit à partir d’improvisations.

Vous proposez donc un théâtre de « mémoires »…
M.E. : C’est un théâtre qui joue sur cette mince frontière entre fiction et documentaire. Par cette pièce, j’espère participer à la construction de mémoires plurielles, plus justes et pertinentes que celle, univoque, que l’on nous enseigneEt le cœur fume encore, Cie Nova, théâtre du Fil de l’eau, le 13 avril.
 

> Découvrez toute la Saison culturelle dans la brochure dédiée disponible dans les principaux lieux d’accueil de la ville et sur sortir.pantin.fr.
> Abonnement : trois spectacles au prix de 24 euros, six spectacles au prix de 30 euros. Du 9 septembre au 15 octobre, la carte d’abonnement est offerte pour les Pantinois. À partir du 16 octobre : 10 euros. En savoir plus sur les abonnements sur sortir.pantin.fr