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Culture et patrimoine

Saison culturelle 22/23 : une saison sous le signe de la révolte 

Se révolter, choisir sa vie, s’émanciper… un vent de liberté souffle sur la Saison culturelle 2022-2023. De l’enfance à l’âge mûr, en passant par la si difficile et si déterminante adolescence, comédiens, circassiens, chanteurs et marionnettistes vous promettent des frissons, du rire et de l’évasion. 
Article de Pascale Decressac, publié dans Canal n°309, septembre 2022.

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Après presque trois années perturbées par les restrictions sanitaires, l’espoir d’une Saison culturelle épargnée est dans tous les esprits. Préservée mais néanmoins révoltée, comme le souligne Charline Nicolas, adjointe au maire déléguée aux Cultures, aux Mémoires et aux Patrimoines. « Le fil conducteur de cette saison est la révolte, la lutte contre l’oppression avec plusieurs spectacles qui interrogent la violence à des fins politiques, qui mettent en lumière des inégalités, qui parlent d’émancipation. » 
En effet, de la Marche des beurs, avec 1983 de la compagnie Nova, aux Black Panthers (Move on over or we’ll move on over you imaginé par le collectif F71), un vent de révolte souffle sur la saison.
Une brise de liberté aussi face à une société qui entrave les rêves, à une histoire (grande ou petite) qui plombe les cœurs, à des corps que le temps use. Mais, au fil des spectacles, les corps, les cœurs et même la société, se révéleront capables d’évoluer, de s’élever et même de s’envoler.

Hymne à la joie
Une bouffée de joie enfin avec des spectacles et concerts comme celui de la chanteuse La Yegros qui donneront des ailes et le sourire. « La culture se déploiera également hors les murs », ajoute Charline Nicolas, nourrissant l’espoir qu’elle devienne naturelle, objet du quotidien pour les habitants dont le terrain de jeu s’élargira avec, outre l’ouverture du conservatoire Jacques-Higelin géré par Est Ensemble, celle de deux nouveaux lieux : les Sheds aux Quatre-Chemins et le centre culturel Nelson-Mandela aux Courtillières. « Ces nouveaux équipements témoignent du fort investissement de la ville en faveur de la culture et des quartiers », souligne l’élue.

Top départ le 23 septembre !

En attendant, le ton de la nouvelle saison sera donné place de la Pointe, vendredi 23 septembre, avec un spectacle d’ouverture musical et mobile. En selle, La Bande à Tyrex donne à voir un ballet virevoltant pour vélos et instruments entre rock et folie douce. L’énergie communicative et généreuse de ce groupe de copains saura séduire les Pantinois. Un spectacle circassien suivi d’un concert festif. 

Un programme à déguster

Danse, humour, cirque, marionnettes, concerts… Comment faire son choix dans une Saison culturelle foisonnante ?Canal vous propose une sélection de pépites à ne pas manquer.

Élise Noiraud se raconte
Élise Noiraud fait de sa vie un récit onirique empreint d’universalité. Elle partage avec le public la route qu’elle a tracée. Deux des trois volets de sa trilogie sont programmés au fil de la Saison.
En novembre, Pour que tu m’aimes encore évoque l’âge ingrat d’une adolescente de 13 ans et demi tiraillée entre ses premiers émois, sa mère déprimée et sa professeure de danse autoritaire.
En février, la jeune femme prend son envol dans Le Champ des possibles, nominé aux Molières 2022. Le bac en poche, elle quitte le milieu rural pour la capitale. Elle y raconte la délicate conquête de l’autonomie et l’entrée dans l’âge adulte à travers une truculente galerie de personnages. Là encore, chacun se reconnaît dans ce long processus d’émancipation.

Tableaux dansés
Programmée à deux reprises cette Saison, Gaëlle Bourges est une artiste inclassable. Danseuse et chorégraphe, c’est aussi une amoureuse de l’histoire de l’art, et en particulier de la peinture et des grands maîtres. Loin des tableaux figés, elle réinterprète les classiques par le corps et le mouvement. Dans (La bande à)Laura, elle s’inspire de L’Olympia de Manet. Si le tableau fit, en son temps, scandale du fait de la figuration d’une prostituée, c’est un autre scandale que la chorégraphe révèle : celui de l’invisibilité de Laura, la camériste noire dont on ne connaît que le prénom.
Dans Loulou (la petite pelisse), c’est le tableau éponyme de Rubens qui sert de cadre à un duo atypique, lequel met à l’honneur la danse baroque, genre également exploré par Mickaël Phelippeau dans Lou, alias Lou Cantor. Deux spectacles présentés en partenariat avec le Centre national de la danse (CND). 

Une Biam engagée
En 1966, sur le campus d’Oakland, naît le Black Panther Party For Self Defense. Ce mouvement révolutionnaire de libération des Noirs américains vise à construire un corps collectif pour réaffirmer une identité et recouvrer une intégrité. Loin des caricatures et des images hyper violentes souvent associées aux Black Panthers, Stéphanie Farison plante son décor dans un atelier d’imprimerie investi par le parti et fait dialoguer théâtre d’objets et de machines avec narration visuelle, textuelle et musicale pour interroger la puissance créatrice de ces révolutions éphémères. Cette création, coproduite par le théâtre du Fil de l’eau, est proposée dans le cadre de la Biennale internationale des arts de la marionnette (Biam). Autre spectacle de la Biam programmé à Pantin, le poétique et néanmoins puissant Birdie.

Mamie décolle
Le temps d’une soirée, les rôles sont inversés et c’est au tour des mamies de se laisser porter. Circassien spécialiste du porté acrobatique, Alexandre Fray balaie les clichés tout en défiant les lois de la gravité. Au-delà des prouesses, ce spectacle est une ode au lâcher-prise, un appel à faire confiance en dépit des préjugés et des craintes que peut ressentir une dame de 4 fois 20 ans n’ayant pas été soulevée par un inconnu depuis des décennies. Une manière pour elle de se réapproprier un corps qui n’est plus toujours au meilleur de sa forme, de puiser dans la force de l’acrobate un peu de celle qui lui manque. Dans le cadre de ce projet, cinq à six « grand-mères » seront recherchées pour un travail préparatoire d’une semaine. 

Les mille et un rêves d’Olivier Villanove
Pour sa nouvelle année de résidence à Pantin, Olivier Villanove revient avec sa créativité habituelle. Alors que les satellites relaient en permanence l’état de la planète, l’Agence de géographie affective qu’il « dirige » cherche à retrouver les désirs et les souvenirs qui s’inscrivent dans nos murs. En avril, le projet itinérant Rêveur revisite les légendes urbaines à la manière des contes des Mille et une nuits.
En ouverture de la Biennale urbaine de spectacles (BUS), les aboiements typiques des quartiers pavillonnaires seront mis à l’honneur, dévoilant la tendresse et la beauté derrière les portes d’entrée. Subtil mélange entre théâtre bouffon, karaoké vietnamien et remake de I Want To Break Free, cet objet artistique non identifié marquera les esprits. 

  • Rêveur : centre culturel Nelson-Mandela, les 5 et 6 avril 2023.
  • Wouaf : lieu surprise, le 30 juin 2023.

Le jeune public, entre ombre et lumière
En octobre, les amateurs de théâtre d’objets savoureront Natchav. Ce conte visuel et musical, retraçant les heurs et malheurs d’un cirque rom chassé de la ville, est un plaidoyer pour la liberté, une invitation au voyage, à l’évasion. Les magnifiques décors projetés en font un régal pour les yeux. Manipulés devant le spectateur, ils se dévoilent, livrent leurs secrets, ajoutant encore à la magie de la représentation mise en musique par un orchestre, à la manière des séances de cinéma d’autrefois.
Cette pépite programmée en octobre donnera le ton de la saison jeune public qui promet d’autres belles surprises. Parmi elles, Terairofeu, une déclaration d’amour à la nature et à la matière et La vie animée de Nina W. qui retrace la jeunesse difficile, en pleine guerre, de l’auteure du dessin animé Ulysse 31. 

  • Natchav, compagnie Les Ombres portées : théâtre du Fil de l’eau, les 7 et 8 octobre. 
  • Terairofeu, compagnie La Belle Meunière : salle Jacques-Brel (42, avenue édouard-Vaillant), le 23 novembre.
  • La vie animée de Nina W., compagnie Les Bas-Bleu, Séverine Coulon : salle Jacques-Brel, le 10 févier 2023.