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Citoyenneté

Édouard ZAMBEAUX

« Les habitants des quartiers populaires n’ont pas d’attaché de presse. J’ai endossé ce rôle. »

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Habitant des Quatre-Chemins, le journaliste Édouard Zambeaux a fait des quartiers populaires sa spécialité sur RFI et France Inter. Au travers de ses émissions de radio comme de son dernier projet nommé Zone d’expression prioritaire, il poursuit le même objectif : donner la parole aux sans voix. Rencontre avec celui qui vient tout juste d’obtenir le prix Charles Defforey-Institut de France.
Portrait de Pascale Decressac, publié dans Canal n°300, octobre 2021.

Édouard Zambeaux s’établit aux Quatre-Chemins en 2010. Fréquentant la brasserie Gallia, le Centre national de la danse, La Dynamo, mais aussi le cimetière parisien, « un poumon vert découvert pendant le confinement », il s’agace que l’on agite si souvent le spectre de la gentrification de Pantin. « On en est loin ! », estime-t-il. S’il rêve de mixité au sein de chaque quartier, il espère aussi que les traces du territoire industrieux d’antan subsisteront, aussi bien dans leur composante architecturale qu’humaine. Et c’est justement avec l’humain comme matériau de travail qu’il a créé la ZEP – pour Zone d’expression prioritaire –, un projet qui a permis l’organisation d’ateliers d’écriture dans de nombreux quartiers défavorisés, et qui a reçu, en juin, le prix Charles Defforey-Institut de France. Vies majuscules, le recueil de textes qui en découle, donne ainsi le pouls des périphéries. « Rien n’est plus injuste que d’avoir le sentiment d’être dépossédé de son histoire », remarque celui qui se désole de l’image simpliste et stigmatisante dans laquelle on enferme les plus précaires. Cette image, il la combat depuis près de 25 ans…
 
La voix des quartiers populaires
En 1997, la rencontre avec Alain Berestetsky, ancien directeur de la Fondation 93 qui désire « faire entrer les jeunes de Seine-Saint-Denis dans la représentation médiatique », marque un tournant dans la carrière d’Édouard Zambeaux. À cette époque journaliste spécialiste du conflit israélo-palestinien, cet enfant de la bourgeoisie ayant grandi en banlieue Ouest ignore encore tout de ce département. Il n’a « aucune revanche à prendre », mais il le sent : « C’est dans les quartiers populaires que se joue l’enjeu de cohésion nationale. » Alors, loin du grand reportage, il arpente les collèges et lycées de Seine-Saint-Denis où il organise, avec deux confrères, des ateliers d’écriture qui ne tardent pas à prendre la forme de suppléments pour Le Monde de l’éducation, Libération ou encore Télérama. « Les habitants des quartiers populaires n’ont pas d’attaché de presse. J’ai endossé ce rôle », commente-t-il.

Donner accès aux médias
En 1998, alors que Saint-Denis accueille les principaux matchs de la Coupe du monde de football, il obtient de RFI un créneau quotidien dans lequel les « jeunes des quartiers » parlent, au-delà des clichés, de leur mondial. Mais le journaliste nourrit un autre rêve qui se concrétise le 17 mars 2006 : moins de 5 mois après les émeutes qui ont enflammé les banlieues, 300 collégiens séquano-dyonisiens s’emparent de l’antenne de France Inter pour une journée baptisée, non sans malice, Tous au poste. S’ensuivra l’émission hebdomadaire Microscopie stoppée en octobre 2010 car, lui dit-on, « La banlieue ne mérite pas 47 minutes sur l’antenne de RFI ». En revanche, le format court de Périphéries perdure sur France Inter jusqu’en 2017. Logement, éducation, santé, précarité, violence, emploi, écologie, culture… sans manichéisme, il donne la parole aux exclus comme aux stars.