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Mode

Julie BULLIER

« J’agis pour aider les gens mal dans leur peau, pour changer les regards et dénoncer la violence que l’on subit quand on est différent. »

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Julie Bullier est née avec des angiomes sur 70 % de la surface de son corps. Surnommée « La Fille qui a des taches » au collège, la Pantinoise a décidé de raconter son histoire sur les réseaux sociaux pour délivrer une parole « body positive ». Mine de rien, cette tendance consistant à valoriser les physiques hors normes est en train de faire bouger les lignes du côté de l’industrie de la mode.
Portrait de Guillaume Gesret, publié dans Canal n°300, octobre 2021.

Le compte Instagram de La Fille qui a des taches rassemble plus de 45 000 abonnés.  Julie Bullier y publie des textes et des photos montrant qu’elle a appris à accepter son corps tel qu’il est. Grâce aux réseaux sociaux, et aux médias qui lui donnent régulièrement la parole, elle dénonce les diktats physiques qui pèsent sur les femmes. « Mon ambition est de faire changer les mentalités », explique-t-elle.
Sa bonne humeur et son discours dynamique lui valent une certaine notoriété. Des marques de prêt-à-porter (Levi’s, Promod, Tod’s, JMP…) et de cosmétique (Dove, Uriage…) ne s’y trompent pas et la rémunèrent pour qu’elle parle de leurs produits à sa communauté. « J’ai même un agent qui m’aide à gérer ma carrière », rigole-t-elle. Du haut de ses 39 ans, Julie semble amusée par sa nouvelle vie qu’elle compare à « une grande récréation ».

Dénoncer les diktats de la mode
Tout a commencé il y a trois ans quand une amie photographe la convainc de poser nue. « À l’époque, j’assumais mes taches mais je ne les trouvais pas jolies. Quand j’ai regardé les clichés, j’ai pleuré. Pour la première fois, je me suis dit que mes angiomes étaient beaux. » Elle publie alors les photos sur Instagram, lesquelles sont immédiatement relayées par des influenceuses qui dénoncent les normes imposées par le monde de la mode. Cette mise en lumière lui vaut une « vague d’amour » de la part d’internautes qui saluent son courage et se reconnaissent en elle. Mais la jeune femme reçoit également des insultes qu’elle décide d’inscrire au feutre sur son corps nu. « Je voulais mettre à jour toute cette violence. » Plus de 4 millions de likes en quelques heures : l’image de ce corps criblé de mots durs fait le buzz. D’un coup, les choses s’emballent et, quelques mois plus tard, Julie démissionne de son poste de directrice d’une agence de garde d’enfants pour devenir influenceuse.

Des interventions dans les collèges et les lycées
Son nouveau statut sur les réseaux sociaux ne la détourne néanmoins jamais de son objectif initial. « J’agis pour aider les gens mal dans leur peau, pour changer les regards et dénoncer la violence que l’on subit quand on est différent. » Pour passer ce message, elle ne se contente pas d’alimenter ses comptes Instagram, Tik Tok et YouTube. Elle intervient également dans les collèges et les lycées. « J’en suis à une trentaine de rencontres dans toute la France. Je raconte mon parcours aux adolescents qui sont très à l’écoute. J’essaie de leur faire comprendre que la beauté est subjective. » Julie sait combien le harcèlement scolaire peut briser les enfants. Petite, ses camarades se moquaient d’elle, la surnommaient « La Fille qui a des taches » ou « Peau rouge  ». « Les années collège ont été très dures, d’autant que je n’en parlais pas à ma famille. » Aujourd’hui, elle a appris à faire de sa différence une force.

En savoir plus avec le compte Instagram @Lafillequiadestaches