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Culture et patrimoine

Lucie BORLETEAU

« J’ai eu la chance d’assister Claire Denis et Arnaud Desplechin avant de monter mes propres films. »

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Avec la sortie récente de son dernier film Chanson douce, adapté du roman de Leïla Slimani, prix Goncourt 2016, la réalisatrice
des Quatre-Chemins renforce un peu plus sa place dans le cinéma français.

Portrait de Guillaume Gesret et Anne-Laure Lemancel, publié dans Canal n°285, janvier - février 2020.

Avant d’habiter à Pantin, Lucie Borleteau était Parisienne mais avait ses habitudes au Ciné 104 où son court-métrage, La Grève des ventres, avait été présenté lors du festival Côté court. Un jour, son « bon plan logement » à Paris prend fin. Avec son compagnon, elle décide alors de s’installer aux Quatre-Chemins où le prix au mètre carré reste encore accessible à des artistes « aux revenus incertains ». Le couple se prend très vite d’affection pour le quartier. « Les gens se parlent alors qu’ils sont issus de communautés très différentes. C’est à la fois très vivant et très doux. Et, grâce à l’école Jean-Lolive où ma fille était scolarisée, nous avons fait connaissance avec un tas de familles. » En mère attentive, elle a même endossé le rôle de parent d’élève élue pour « mieux comprendre le fonctionnement de l’établissement et du quartier ».
Cette implication dans la vie de l’école s’explique certainement par son attachement à l’Éducation nationale. « L’école publique m’a rendu un sacré service en m’ouvrant les portes d’une option cinéma au lycée. Je lui dois donc beaucoup. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons choisi de mettre notre fille aînée au collège public Jean-Lolive. »

Une longue carrière derrière la caméra
Cette fille d’un ingénieur et d’une mère au foyer est entrée dans le septième art par la petite porte, en intégrant d’abord la fac de cinéma de Saint-Denis puis en décrochant un stage dans la boîte de production Why Not. Elle y restera huit ans finalement… et y occupera une myriade de postes qui lui donneront un large aperçu du métier. « J’ai eu la chance d’assister Claire Denis et Arnaud Desplechin avant de monter mes propres films », détaille-t-elle. Elle fréquente aussi toute une génération d’acteurs émergents : Laure Calamy, Vimala Pons, Thomas Scimeca, Ariane Labed… D’ailleurs, elle les fait jouer dans son premier long-métrage Fidelio, l’odyssée d’Alice, un film salué par le métier et nommé aux César en 2015.
C’est justement à la suite de Fidelio que deux productrices lui demandent de réaliser la série Cannabis, diffusée sur Arte. « J’ai accepté ce projet car il y avait de l’action et de la testostérone. C’est rare que l’on confie ce type d’histoire à une femme. Malheureusement, les réalisatrices sont trop souvent cantonnées aux films d’auteur. »

Pantin, mon amour
Dans la série, Lucie Borleteau a le souci de montrer une « vision lumineuse et pleine d’espoir » de la banlieue. Quelques scènes ont d’ailleurs été tournées au bord du canal de l’Ourcq. Dans son dernier long-métrage, on peut également apercevoir Pantin. « Le personnage de Karin Viard se promène dans une rue que j’emprunte régulièrement avec ma poussette. » C’est que Lucie Borleteau a eu une seconde fille peu avant de mettre en scène Chanson douce. « Ce roman pose beaucoup de questions, sur la relation que nous avons à nos enfants, sur la place des femmes dans la société, sur les rapports entre les classes sociales. Le film offre la possibilité de regarder nos peurs en face, de les exorciser. » Chanson douce, avec Karin Viard et Leïla Bekhti, est encore à l’affiche dans plusieurs salles parisiennes.