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Citoyenneté

Michèle MOET-AGNIEL

« Je raconte mon histoire pour que les jeunes générations sachent ce qui s’est passé. »

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Histoire d'une déporté

Michèle Moet-Agniel se trouvait dans le convoi parti, le 15 août 1944 du quai aux Bestiaux, vers les camps de concentration allemands. À l’approche de la Journée nationale du souvenir de la déportation, le 28 avril, elle raconte son histoire.
Portrait de Guillaume Gesret, publié dans Canal n°277, avril 2019.

Pendant quarante ans, elle n’a rien dit. Pas un mot de la déportation. "  J’avais l’impression que personne ne pouvait me comprendre et puis, je devais faire ma vie, me marier, avoir un enfant. " 
Mais, avec l’émergence des négationnismes et la poussée des extrêmes droites, Michèle Moet-Agniel décide qu’elle n’a plus le droit de se taire. Aujourd’hui, elle témoigne et intervient auprès des enfants, comme le 21 novembre dernier à Pantin.  
Sous l’occupation allemande, Michèle, alors adolescente, multiplie les actes de résistance. Sa famille, qui habite Saint-Mandé, cache et fournit de faux papiers à des prisonniers évadés et à des aviateurs américains et anglais. "  C’était jubilatoire d’agir contre les Allemands ", se souvient-elle.

Le 28 avril 1944, elle est arrêtée avec ses parents, puis écrouée à la prison de Fresnes. Trois mois et demi plus tard, le 15 août 1944, elle est conduite à la gare de triage de Pantin. Ce jour-là, part du quai aux Bestiaux, le train qui mènera 2 200 résistants vers les camps allemands.
"  Nous étions 60 femmes entassées dans un wagon de marchandises sans fenêtre, tellement serrées, et avec une chaleur effroyable. " Le voyage est interminable. Trois jours pour arriver à Ravensbrück. "  Nous pensions que nous allions dans un camp de prisonniers mais, quand on a vu les gardiennes allemandes avec leurs chiens qui ont refusé de nous donner à boire et ces femmes habillées comme des bagnards avec leur pioche sur l’épaule, dont certaines avaient les cheveux tondus, le ciel nous est tombé sur la tête.  "

La vie dans les camps de la mort
Dans ce camp, Michèle dort avec deux autres femmes dans un lit de 60 cm de large et est réveillée à 3 heures du matin pour l’appel. "  Les Nazies nous comptaient, nous devions rester des heures debout le ventre vide. Je sentais l’odeur en provenance des fours crématoires. Cette odeur m’est restée très longtemps. " 
Michèle est rapidement infestée de poux et de puces, elle souffre d’une occlusion intestinale soignée avec une cuillère, puis attrape la gale. "  Pour tenir dans un camp de concentration, il faut s’appuyer sur quelqu’un, surtout ne pas s’isoler. Moi, j’avais ma mère qui est restée avec moi jusqu’au bout.  "

Elle est ensuite transférée à Königsberg en Pologne, pour y travailler. "  Nous effectuions des travaux de terrassement, c’était harassant. Je devais tracter des wagonnets remplis de terre, harnachée comme une bête à sa charrue. Ma mère, trop affaiblie par une dysenterie, ne pouvait plus travailler. Je me cachais pour rester avec elle dans le camp, mais les gardiennes m’ont surprise et rouée de coups. Elles m’ont cassé le nez.  " 

Fin janvier 1945, l’Armée rouge chasse les Allemands et recueille ces femmes qui tiennent à peine debout. " Nous avons passé quatre mois à l’hôpital, avant de rentrer en France.  " De retour à Paris, Michèle est une jeune fille de 18 ans. Elle apprend que son père est mort au camp de Buchenwald et retrouve son frère, âgé de 12 ans, qui avait échappé à l’arrestation. Elle reprend des études, obtient le bac, se marie et devient institutrice. 

" Je raconte mon histoire pour que les jeunes générations sachent ce qui s’est passé.  "  À 92 ans, sa mémoire est intacte et très précise, son récit poignant mais jamais larmoyant. Chaleureuse et élégante, Michèle parvient même à rire au détour de quelques anecdotes. À la fin de l’entretien, elle confie : "  Vous savez, raconter me fatigue énormément et fait rejaillir mes cauchemars la nuit, mais je dois le faire. "