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Culture et patrimoine

Mohamed HIBER

« Tout s’est accéléré. Les concerts se sont enchaînés. Mais je suis resté très relax, j’ai la chance que le stress ne m’envahisse pas sur scène. »

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À 25 ans, le Pantinois Mohamed Hiber est l’un des plus brillants violonistes de sa génération. Invité à jouer dans le monde entier, il revient de temps en temps dans la ville où il a grandi pour rendre visite à ses parents.
Portrait de Guillaume Gesret, publié dans Canal n°289, septembre 2020.


Dès l’âge de 15 ans, le jeune prodige est repéré par le célèbre chef d’orchestre Daniel Barenboïm qui l’intègre en tant que premier violon dans le West Eastern Divan Orchestra. Depuis, Mohamed Hiber s’est produit dans les plus prestigieuses salles de concert, de la Scala de Milan au Carnegie Hall de New York en passant par la Philharmonie de Paris. « En dix ans, raconte-t-il, j’ai joué dans près de 50 pays. J’ai remarqué que, d’une ville à l’autre, la qualité d’écoute n’est pas la même. Le public le plus fervent, je crois l’avoir rencontré en Corée du Sud. »

Le violon est arrivé par hasard dans sa vie. « Ma mère voulait que mon grand frère pratique un instrument et il restait une place dans la classe de violon du conservatoire de Pantin. » Mohamed, alors âgé de 6 ans, assiste « ébloui » aux leçons de son frère : « J’ai tout de suite adoré et l’année suivante, j’étais à mon tour inscrit aux cours de Rachel Routier. » Très doué, le jeune garçon intègre trois ans plus tard le Conservatoire à rayonnement régional de Paris et passe du même coup du CM1 de l’école Henri-Wallon à la sixième car il est admis dans une classe à horaires aménagés musique au collège Lamartine de Paris. « J’ai découvert un nouvel environnement, plus bourgeois. Je me suis tout de suite adapté et fait plein d’amis. » À la maison, quand il ne répète pas son violon, l’adolescent écoute Skyrock et se passionne pour les matchs de la Ligue des champions de l’Olympique Lyonnais. Sa mère, assistante maternelle, et son père, cuisinier et bénévole au Secours populaire, vérifient scrupuleusement que les devoirs sont bien terminés avant le dîner. « Je leur suis infiniment reconnaissant, mes parents ont consenti à des sacrifices pour moi. Ils m’ont soutenu sans relâche », reconnaît aujourd’hui le jeune garçon. Même quand il leur annonce qu’il préfère poursuivre sa formation à Madrid plutôt qu’au Conservatoire national supérieur situé à La Villette, pourtant à trois stations de métro de l’appartement familial.

De Madrid à Munich
À l’école de la Reina Sofia, il devient l’élève de la professeure Ana Chumachenco, l’une des plus reconnues au monde. « Tout s’est accéléré. Les concerts se sont enchaînés. Mais je suis resté très relax, j’ai la chance que le stress ne m’envahisse pas sur scène », se félicite le musicien. Mohamed Hiber trace sa route sans prise de tête, le rire et la modestie sont ses moteurs. Il y a deux ans, sa bonhomie et son talent ont convaincu la Mutter Foundation de l’accueillir à Munich. Cette fondation le soutient dans sa carrière en lui offrant des masters class et en lui programmant des concerts. Mais, depuis le confinement, toutes ses dates ont été annulées. Il profite donc de cette période pour se reposer, lui qui a l’habitude de voyager sans arrêt, cramponné à son violon valant une fortune. Avec sa copine, il cuisine, son autre passion, et se promène. De passage à Pantin, pour rendre visite à ses parents, il se précipite chez « son coiffeur attitré » et s’accorde une séance de relaxation dans un salon où il a ses habitudes. Sur la table de massage, il songe aux labels qui le courtisent depuis quelques mois dans le but de réaliser son propre album. « Pourquoi pas », soupire-t-il…