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Culture et patrimoine

Nicolas DARROT

Drôles de Pantins !

« Mon travail a un territoire qui lui est propre. Je crois plus aux vertus de l’émerveillement qu’à celles de la morale. »

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Drôles de pantins !

La Maison Rouge (Paris XIIe) lui a consacré une exposition. Le musée de la Chasse et de la Nature fait figurer dans ses collections permanentes son sanglier automate. En 2018, il a présenté ses œuvres dans le cadre de l’exposition Artistes et Robots au Grand Palais. Nicolas Darrot vit et travaille à Pantin tout en exposant à Paris, New York, Tokyo ou Berlin. Rencontre avec un artiste protéiforme.
Portrait de Hana Levy, publié dans Canal n°275, janvier-février 2019.


C’est ici, dans son atelier pantinois, que l’artiste sculpteur-inventeur-bricoleur de génie conçoit de drôles de bêtes envoûtantes et terriblement vivantes, à la mécanique complexe et sophistiquée. Insectes animés, pantins facétieux, automates doués de parole qui s’animent comme par magie… Son curieux bestiaire, poétique et articulé, semble tout droit sorti de l’imagination d’un savant fou. Au croisement de la science et de la littérature, ses automates empruntent autant au règne animal qu’à la poésie de Sylvia Plath, au traité de Lucrèce De la nature des choses qu’à son plaisir de petit garçon de démonter ses jouets pour en voir les entrailles.

Ses souvenirs d’enfant et ceux de ses garçons servent de terreau à ses œuvres, son intérêt pour la pensée animiste et sauvage, les sciences et la dissection aussi. Parfois crépusculaire, son univers est toujours poétique et convoque les dieux des petits riens. Que ce soit avec Ariel, une créature hirsute tout en poils, ou avec l’étrange personnage de L’Oreille, qui sort en ronchonnant du pavillon d’une oreille. L’humour est aussi omniprésent dans son travail. Dans Injonction III, un cerf tiré par des ficelles remonte le moral d’une sacoche déprimée.

En 2016, l’ancien centre culturel de La Maison Rouge lui offre ses 1 000 m2 pour une exposition solo intitulée Règne analogue, une prouesse pour un artiste quadragénaire ! Pourtant l’homme à la silhouette longiligne et à l’humeur taiseuse reste discret. Après avoir fait des études d’architecture et les Beaux-Arts de Paris, il rejoint un collectif d’artistes d’art appliqué à Montreuil et travaille un temps dans le cinéma. "  Plus qu’aux Beaux-Arts, c’est avec eux que j’ai appris les techniques de moules en silicone et d’effets spéciaux que j’utilise beaucoup dans mon travail  ", précise-t-il.

Entre marionnette et art cinétique
Pour réaliser ses œuvres, l’artiste commence par dessiner, passe à la 3D sur ordinateur puis fabrique tout lui-même. Un processus créatif qui peut prendre entre une heure et dix ans.

"  J’ai besoin de manipuler ! Je tiens beaucoup à l’expérimentation. C’est ce qui me garantit de rester au plus près vivant.  "

Dans la tradition de la sculpture animée, de la marionnette et de l’art cinétique, Nicolas Darrot programme les mouvements de ses créatures mécaniques par ordinateur et les accompagne parfois d’une bande-son. Ses créatures hybrides, mi-robots, mi-humains, semblent avoir une vie propre. Comme un organisme vivant, sa Petite Ourse ou sa tête de chien-loup, Véga, se couvrent de gel puis perdent leur fourrure de givre en un goutte à goutte hypnotique.

"  Je suis fasciné par toutes sortes de mouvements, même les plus imperceptibles, comme l’évaporation du gel.  "

Aujourd’hui, malgré les nombreuses commandes, la préparation de plusieurs expos, un projet avec un chercheur en physique du CNRS, l’artiste continue à douter et à chercher le singulier. "  Mon travail a un territoire qui lui est propre. Je crois plus aux vertus de l’émerveillement qu’à celles de la morale.  " Chacun y lira son message.

Site internet de Nicolas Darrot