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Culture

30e édition du Festival Côté court

Du 15 au 23 juin, la trentième édition du festival Côté court retrouve le Ciné 104 à Pantin, pour une édition complètement déconfinée. L’occasion de rattraper tous les rendez-vous manqués avec le septième art et de profiter d’une programmation de haut vol.
Article de Anne-Laure Lemancel, publié dans Canal n°297, juin 2021.

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Côté court de retour à la maison

Jacky Evrard, son fondateur, ne boude pas son plaisir. Enfin ! Enfin, Côté court revient au Ciné 104, avec des contraintes bien sûr – couvre-feu à 23 heures, jauges limitées à 65 %... –, mais en présentiel ! Cerise sur le gâteau, « le bar sera ouvert, et la clôture se fera, comme à l’accoutumée, au restaurant Le Relais, jubile-t-il. De quoi partager et s’émouvoir en toute convivialité. »

Faire grandir le cinéma
Depuis près de trente ans, le festival pantinois de courts-métrages consacre avec passion ces « films courts qui font grandir le cinéma ; ces espaces de liberté, lieux d’expérimentation, rampes de lancement où de jeunes cinéastes s’attellent à des formes nouvelles, audacieuses… », explique, non sans une pointe d’éloquence, Jacky Evrard.
Cette année, comme à son habitude, Côté court se distingue par sa foisonnante programmation, tissée de ses traditionnelles compétitions (Fiction, Essai/art vidéo…), de son Panorama, de sa Prospective cinéma, de son Ciné-concert ou encore de son Écran des enfants.
En plus de ces rendez-vous incontournables, la mouture 2021 propose un focus sur la cinéaste d’origine libanaise Danielle Arbid qui, cet été, sortira Passion simple, son dernier long-métrage inspiré du roman d’Annie Ernaux. En présence de la réalisatrice, le festival projettera ainsi Ma Famille libanaise, trois programmes de portraits de son entourage vivant au pays du cèdre. Avec ces films réalisés dans l’urgence et sans budget, elle capte l’intime, mais aussi l’essence d’une nation en proie à une situation dramatique.

La grande muette en images
Un autre focus abordera, lui, le cinéma des armées, avec des pépites issues du catalogue de l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD), structure née en 1915 dont la mission est de conserver les archives audiovisuelles de la grande muette. Étonnamment, cette institution fut aussi un laboratoire pour nombre de réalisateurs célèbres qui passèrent par ses rangs. Ainsi, on y trouve des créations signées Claude Lelouch et Philippe de Broca.
À noter que cette édition sera également marquée par une performance de Regina Demina, artiste pluridisciplinaire qui, entre musique, cinéma et danse, jongle avec des mondes antinomiques : pole dance et art contemporain, Jean Giraudoux et Nabila, Russie et banlieue parisienne.

Informations pratiques :

Réduction spéciale Pantinois :
Le pass illimité du festival au prix de 20 euros (au lieu de 25), en entrant le code PANTIN au moment de valider la commande.

Un festival, cinq dates

Jacky Evrard revient sur cinq dates clés de Côté court et raconte, en filigrane, l’histoire d’un petit festival devenu grand.

1992 - Clap, première

Dès l’ouverture du Ciné 104, en 1987, j’ai organisé des soirées dédiées aux courts-métrages. En 1991, le département et la ville me proposent de les transformer en festival. L’année suivante, l’événement dure une semaine et possède déjà sa forme actuelle. La première édition reçoit, comme pays invité, la Belgique : plus simple d’acheminer des bobines de films d’un pays limitrophe et pas besoin de sous-titrages ! Et puis, avec leur école de cinéma, nos voisins produisaient des courts passionnants.  

1995 - Cent ans de cinéma !

En 1895, les frères Lumière inventent le cinéma avec L’Arroseur arrosé. À cette époque, tous les films étaient courts. Pour célébrer ce centenaire, nous avons décidé d’établir une programmation baptisée Cent films pour cent ans de cinéma. Au programme : des œuvres d’Alice Guy ou de Marcel Pagnol. Pour trouver ces pépites, il nous a fallu fouiller dans les archives. Un travail passionnant.

1998 - La Nuit du sexe

Les Nuits du cinéma que j’organisais avaient du mal à trouver leur public. En désespoir de cause, j’ai lancé une Nuit érotique : carton plein ! La programmation nous a valu une pleine page dans Le Monde. Nous avons déniché des perles rares, notamment un film attribué à Man Ray, pièce de la collection de Michel Simon, érotomane notoire. 

2002 - Dix bougies et Agnès Varda

Quand on démarre un festival, difficile de prédire s’il va atteindre ce moment crucial des dix ans. Mais Côté court avait trouvé son public... Pour passer le cap, nous avons invité deux stars, symboles de la Nouvelle Vague : Luc Moullet et Agnès Varda. S’ils se sont illustrés dans leurs longs, ils ont, toute leur vie, continué à réaliser des courts.

2012 Une palme d’or

Pour les 20 ans, nous avons reçu le cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, palme d’or 2010 pour Oncle Boonmee. Sa particularité ? Se situer à ce point de jonction entre cinéma et arts plastiques. Or, c’est justement la marque de fabrique de Côté court : explorer cette frontière poreuse entre les deux disciplines. 

Ils ont été repérés par Côté court

Danielle Arbid, réalisatrice

J’aime la fidélité du festival à mon égard. Depuis mon premier long-métrage en 2004 (Dans les champs de bataille, ndlr), j’alterne différents formats. Avec les courts, je tente des formes expérimentales, plastiques. Ces tentatives, Jacky les observe toujours de son regard pertinent. Pour moi, Côté court, aussi pointu que populaire, reste un laboratoire, ouvert à un cinéma audacieux et affranchi qui ne nécessite pas forcément beaucoup de moyens. 

Antonin Peretjatko, réalisateur pantinois

C’est par ce festival que j’ai connu Pantin où je réside désormais. C’est l’un des seuls événements conséquents consacrés aux courts-métrages en région parisienne. Il est donc précieux car il permet aux professionnels, pour la plupart regroupés dans la capitale, de voir nos films. Côté court m’a toujours soutenu, dans une sorte de compagnonnage, et a ouvert des fenêtres essentielles sur mon travail. 

Lucie Borleteau, actrice, réalisatrice, scénariste pantinoise

Ce festival hyper joyeux a projeté tous mes courts. Je le fréquente depuis mes études pour la qualité de sa programmation et sa manière de sortir des sentiers battus. Je n’ai pas fait d’école de cinéma, je n’avais donc pas de clefs pour vendre mes créations. Grâce à Côté court, j’ai pu obtenir des articles dans la presse, des subventions… Et puis, en France, il y a peu d’événements qui projettent des courts.

Mathieu Amalric, acteur et réalisateur

J’éprouve une admiration pure pour Jacky Evrard. En créant ce lien d’amour entre des films et le public, il provoque des chocs, des coups de foudre, propices à bouleverser des vies. À Côté court, on peut inventer de nouvelles façons de faire du cinéma. J’ai pu y dialoguer avec des personnalités que j’admire comme André Labarthe ou Pierre Salvadori. Enfin, il y a, au Ciné 104, un café. Et ce n’est pas un détail : quel bonheur de pouvoir y discuter avec les spectateurs.