© Thomas Faverjon 

Spectacle

" Vies de papier ", dans les secrets d'un album photo

Avec « Vies de papier », Tommy Laszlo et Benoît Faivre remontent le fil de la vie de Christa, héroïne d’un album photo. Une enquête documentaire passionnante où s’entrechoquent les histoires individuelles et collectives.
Article de Anne-Laure Lemancel, publié dans Canal n°286, mars 2020.

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L’ histoire commence un dimanche matin, sur l’étal d’une brocante à Bruxelles. L’un des deux protagonistes du spectacle, le comédien Tommy Laszlo, déniche un album photo richement décoré, pourtant tombé dans le néant. L’objet raconte la vie d’une certaine Christa, de sa naissance en 1933 en Allemagne jusqu’à son mariage en Belgique. Avec son complice, Benoît Faivre, le fondateur de la compagnie La Bande passante spécialisée dans le théâtre d’objets, Tommy mène justement une recherche artistique, intitulée Mondes de papier, autour d’encyclopédies de botanique, de cartes postales anciennes… Alors, forcément, cet album les subjugue. Benoît Faivre, le touche-à-tout, issu du cinéma, du théâtre et de la création sonore, explique : « Comme les journaux intimes, ces objets soigneusement conçus par des personnes lambda, n’ont pas été fabriqués pour la postérité. Ils racontent, du coup, parfaitement l’intimité de leur propriétaire...»
Dès lors, le duo décide de suivre les traces de Christa, de retracer sa vie. Et c’est parti pour une enquête grandeur nature, un road-trip avec films et témoignages, restitués sur scène dans une manipulation d’objets et d’archives. « Par notre théâtre documentaire, résume le metteur en scène, nous mettons en forme des éléments glanés dans le réel. Nous révélons nos archives augmentées, avec vidéos, projections, etc.»

Nos chemins singuliers et communs
Pour autant, Vies de papier ne se borne pas à l’histoire de Christa. C’est que son existence s’entremêle avec la grande histoire et notamment les affres de l’Allemagne nazie. « L’historien Philippe Artières parle d’histoire individuelle et d’histoire commune. Or, pour nous, cette dernière n’est autre que le point de jonction ou l’addition des histoires singulières », précise Benoît. D’ailleurs, étrangement, la vie de Christa éclaire aussi, avec une émotion pudique, celle des deux protagonistes. Il développe : « Parfois, nous avons besoin de passer par celle des autres pour regarder en face notre propre histoire. Dans les familles, s’érigent des systèmes de protection, des forces de loyauté, qui sont autant de remparts à la quête de vérité. Avec Tommy, nous avions des événements irrésolus dans notre vie. Peut-être est-ce pour cela que l’album nous a tant attirés : l’occasion d’aller faire un tour du côté de nos énigmes. »
Dans ce spectacle, la propre trajectoire du spectateur vient aussi percuter celle de Christa, Tommy ou Benoît. « Une psychanalyste nous a expliqué que dans le récit de soi, c’est ce point de l’extrême singularité qui, au final, touche et réunit le plus les gens… » Et voici pourquoi Vies de papier, outre son dispositif scénique impressionnant, nous bouleverse tant : parce qu’il éclaire nos histoires, nos mémoires, nos chemins singuliers et communs.

Informations pratiques
Mardi 31 mars et mercredi 1er avril, 20.00

« Vies de papier »
À partir de 11 ans. 18 € (plein tarif), 12 € (tarif réduit), 5 € (moins de 12 ans), 3 € (minima sociaux)
Théâtre du Fil de l’eau
20, rue Delizy
Tel : 01 49 15 41 70