© ville de Pantin 

Patrimoine

Pantin, là où dialoguent patrimoine et modernité

Depuis 20 ans, Pantin se transforme et s’affirme comme une cité du Grand Paris où l’on choisit de s’installer pour son dynamisme et ses atouts urbains. Son patrimoine est rénové depuis de nombreuses années. Décryptage et interview du maire, Bertrand Kern.
Extrait du dossier "Là où dialoguent patrimoine et modernité" réalisé par Pascale Decressac, publié dans Canal n°299, septembre 2021.

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« Pantin se développe à partir de 1820. Le creusement du canal en 1822 puis la construction des voies de chemin de fer entraînent en effet une croissance urbaine, industrielle et portuaire », raconte Antoine Furio, historien spécialiste de l’ère industrielle. Depuis 2003 et la réhabilitation des Grands moulins, l’une des plus importantes minoteries de France construite en 1884 et transformée, à l’aube du XXIe siècle, en siège de BNP Paribas Securities Services, la ville n’a cessé de donner une seconde vie aux bâtiments emblématiques de son passé manufacturier.
La prise de conscience de la valeur de cet héritage date d’il y a deux décennies à peine et marque un tournant dans le destin de la commune. « Il y a trente ans, Pantin était une ville beaucoup moins lisible, confirme Geneviève Michel, responsable du pôle Mémoire et Patrimoine. Elle était surtout marquée par les nécessités de la capitale. C’est d’ailleurs ici que Paris a installé son plus grand cimetière. Et, avec ses deux routes nationales, son canal et ses grosses emprises ferroviaires, c’était aussi un territoire de transit. » De ces balafres qui la morcellent, Pantin va faire un atout et, de ville de « passage » et de « transit », elle est aujourd’hui devenue ville de « destination»…

Marque de fabrique
Pantin est populaire par essence. La cité ouvrière voit sa population croître à la fin du XIXe siècle et les maires qui se succèdent les décennies suivantes la dotent de logements et d’équipements publics. En 2001, année de l’élection de Bertrand Kern, l’urbanisme local connaît une nouvelle inflexion : il faut moderniser la ville sans la dénaturer. Face aux besoins de logements, de services publics et de bureaux, libérer des espaces s’avère indispensable. Mais pas à n’importe quel prix ! Au lieu de reconstruire en faisant « table rase du passé », le maire s’attache, autant que possible, à redonner vie à certains bâtiments et ensembles remarquables. Sans compter que reconvertir l’existant, gage d’économies de ressources, répond aussi à une logique écologique.
Au fil des ans, plusieurs sites industriels sont ainsi réhabilités. Parmi les rénovations d’envergure, les Magasins généraux, anciens greniers de Paris, accueillent dorénavant l’agence de publicité BETC, implantée au cœur d’un nouveau quartier dynamique dont la centralité est la place de la Pointe. La galerie Thaddaeus Ropac s’est, quant à elle, installée dans ce qui fut une chaudronnerie, tandis que la manufacture de meubles Louis et la Société parisienne de sciures ont été transformées en équipements publics, logements ou commerces.

Nouveaux usages
« Contrairement aux monuments historiques qui, en raison de leur ancienneté, méritent de ne pas être transformés, le patrimoine industriel, partie intégrante de notre héritage, n’a été créé que pour son utilité. Il est donc légitime de l’adapter aux besoins d’aujourd’hui », souligne Arlette Auduc, auteure de Rénover, réutiliser, reconvertir le patrimoine (2015, Somogy Éditions d’art). Ancienne conservatrice en chef du patrimoine à la Région Île-de-France, elle est convaincue de la nécessité « d’accepter que le patrimoine du travail évolue tout en étant identifiable et capable, ainsi, de raconter l’histoire ».
De la sorte, Pantin se développe en s’appuyant sur son passé afin de trouver les ressources nécessaires pour écrire son avenir… sans vendre son âme.

3 QUESTIONS A…

Bertrand Kern, maire de Pantin

Canal : Comment définiriez-vous le patrimoine pantinois ?
Bertrand Kern : Pantin est surtout faite de briques et de béton. S’il existe quelques traces de la ville ancienne, comme l’église ou la Folie, notre patrimoine date essentiellement des XIXe et XXe siècles. L’hôtel de ville doit d’ailleurs sa flamboyance à la volonté de la IIIe République naissante d’affirmer sa puissance face à l’Église. Pantin est le fruit du percement du canal en 1822, de l’arrivée du chemin de fer au milieu du XIXe siècle et de l’immense essor industriel de la seconde moitié du XIXe siècle. Les usines vont ensuite se mêler à l’architecture en vogue dans les villes communistes au XXe siècle. Le plus bel exemple de cela est l’ancien centre administratif de la ville construit par Jacques Kalisz et qui est devenu le Centre national de la danse. Ce bâtiment est un symbole du style architectural brutaliste. De grands noms, comme Pouillon, Honegger ou Aillaud, ont également signé d’importants ensembles de logements. À la différence de villes dont le centre historique s’oppose à la périphérie qui concentre les activités, Pantin présente un visage hétérogène caractéristique d’un territoire qui ne cesse d’évoluer.

Pourquoi avoir choisi, dès 2001, de faire revivre ce patrimoine ?
B.K. : Je suis un amoureux de l’architecture et il me paraît essentiel que Pantin connaisse et préserve son histoire et son patrimoine, sinon elle perdrait son âme. C’est d’ailleurs la ligne directrice de chaque projet de transformation. Quand j’ai commencé mon action en 2001, ma démarche a surpris. Pour moi, l’important est d’adapter le bâti ancien aux usages présents et futurs. Ainsi, les sheds du parc Diderot – comme avant eux la Manufacture de meubles Louis – vont devenir un relais petite enfance. Autres exemples, l’ancienne usine Marchal et l’ancienne Société parisienne des sciures ont été transformées en logements.
La conservation du patrimoine doit cependant être compatible avec le développement de la ville. Il ne faut pas que cela génère des prix de vente trop élevés qui nuiraient aux mixités sociale, économique et fonctionnelle qui sont l’ADN de notre ville.

Et aujourd’hui, que faire pour donner naissance au patrimoine de demain ?
B.K. : Il faut continuer à être exigeant ! Cela passe par une mise en compétition des architectes. Dès qu’il va y avoir une construction d’ampleur, j’impose cette compétition de plusieurs cabinets dont des jeunes méconnus et des « signatures » reconnues.
Cela aboutit, par exemple, au choix de ne rien conserver de l’ancien bâtiment d’UTB qui était à côté des Magasins généraux parce qu’il ne présentait aucun intérêt architectural. Il a donc laissé place à l’immeuble Kanal, conçu par Rudy Ricciotti, qui a notamment dessiné le Mucem à Marseille et rénové le stade Jean-Bouin. C’est ainsi que l’on crée le patrimoine de demain.

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