Développement économique

Rien ne se perd, tout se transforme

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Et si, au lieu de jeter, on réparait, recyclait, réutilisait ? L’économie circulaire propose de repenser nos modes de production et de consommation afin d’optimiser l’utilisation des ressources naturelles et de limiter les déchets. Si un projet de loi encadrant ce secteur a été voté en octobre, le sujet est loin d’être nouveau à Pantin. Berceau d’Emmaüs Coup de main, la ville a également vu naître des start-up innovantes, aujourd’hui devenues leaders dans le domaine de la récupération et de la transformation des déchets. À la clé, des emplois, le plus souvent occupés par des personnes en insertion.
Dossier réalisé par Tiphaine Cariou, publié dans Canal n°283, novembre 2019. 


Selon le ministère de la Transition écologique et solidaire, l’économie circulaire a pour objectif « de produire des biens et des services de manière durable, en limitant la consommation et le gaspillage des ressources et la production de déchets  ». Pour Emmanuelle Ledoux, directrice de l’Institut national de l’économie circulaire, son principal enjeu est aujourd’hui «  d’être sur une logique de préservation de la ressource et de favoriser le réemploi sur les chantiers  ». À l’échelle d’Est Ensemble, l’une des problématiques des années à venir sera bel et bien la gestion et le réemploi des déchets générés par la démolition des bâtiments. En effet, selon une étude menée par l’établissement public territorial, quelque 950 000 tonnes de déchets pourraient être générés ainsi.
À Pantin, où les projets d’aménagements concernent une grande partie du territoire, l’enjeu est évidemment le même. Ainsi, dans le cadre de la reconstruction du marché Magenta, la quasi-totalité des matériaux issus de la démolition de l’ancienne halle sera réemployée. Du côté de la Cité fertile, qui occupe 6 000 mau sein du futur écoquartier, on applique déjà ce principe. «  Ici, tout est du réutilisé. Par exemple, les poutres en bois du préau ont servi à créer les aménagements extérieurs. Et, à l’intérieur, 97 % du mobilier a été chiné, notamment chez Emmaüs Coup de main »,explique Stéphane Vatinel, son directeur.

Un secteur en ébullition
À deux pas de là, un entrepôt de la zone logistique de la SNCF abrite deux structures qui ont fait leurs preuves depuis une dizaine d’années : la Réserve des arts et Lemon Tri, championnes toutes catégories du réemploi et du recyclage, connues et reconnues bien au-delà de Pantin. Avec les magasins solidaires d’Emmaüs Coup de main situés à proximité, c’est tout un pôle économique qui semble émerger avenue Édouard-Vaillant. Un pôle qui, bien entendu, cohabite avec des acteurs associatifs très impliqués dans le réemploi et l’éco-responsabilité. 
Alors que La Requincaillerie promeut les activités de fabrication «  par soi-même  », la Cyclofficine organise régulièrement des ateliers d’autoréparation de vélos et Écobul anime des ateliers culinaires à partir de denrées invendues. Quant à Repaire, organisateur d’ateliers de co-réparation, il vient d’être récompensé par le prix Transition écologique d’In Seine-Saint-Denis, le concours d’entrepreneuriat du département.
Tous les mois de mai, ces associations se retrouvent sous l’égide de la Semaine du développement durable, événement qui attire chaque année 5 000 visiteurs place de l’Église. Autre lieu de prédilection des acteurs de l’économie circulaire, les vide-greniers. Le dernier en date, qui a eu lieu fin septembre place de l’Église, a accueilli pour la première fois Amelior, une association dont l’ambition est de créer une fédération regroupant tous les acteurs de la récupération. «  Sur les 750 kilos d’invendus que l’association a récupérés dans les poubelles de la place, 400 kilos ont pu être réemployés directement et 200 kilos ont été recyclés  », se félicite Samuel Le Cœur, son président.

Des emplois à la clé
Derrière cette activité de récupération, de recyclage et de réemploi, des hommes et des femmes le plus souvent éloignés de l’emploi, pour qui l’économie circulaire a représenté un moyen inespéré de reprendre le chemin du travail. L’Institut national de l’économie circulaire estime ainsi que le secteur emploie 600 000 personnes, le plus souvent dans le domaine du recyclage des déchets et de la réparation d’objets. 
À Pantin, plusieurs structures travaillent dans ce sens : Emmaüs Coup de main, qui a placé l’insertion au cœur de son activité et emploie aujourd’hui plus de 60 salariés en insertion ; et Lemon Tri, qui a développé une filière d’insertion professionnelle, Lemon Aid, embauchant 10 personnes.

Les prochains rendez-vous de l’économie circulaire : 

  • Samedi 9 novembre de 14.00 à 16.00 : Atelier de réparation d’objets électriques et électroniques organisé par Le Repaire, maison de quartier des Courtillières, 1, place Aimé-Césaire. 
  • Mercredi 27 novembre de 14.00 à 17.00 : atelier de réparation de vélos animé par la Cyclofficine, maison de quartier des Courtillières.
  • Vendredi 29 et samedi 30 novembre, de 12.00 à 20.00 : le Noël sans rien de neuf d’Emmaüs Alternatives, Cité fertile, 14, avenue Édouard-Vaillant.
  • Mercredi 11 décembre à 17.30 : Disco Soupe de la maison de quartier du Petit-Pantin, place Raymond-Queneau.

Innovations maison

Depuis cet été, Lemon Tri et La Réserve des arts occupent le même entrepôt de l’avenue Édouard-Vaillant. Mais là n’est pas leur seul point commun. Ces deux structures ont toutes deux mis au point des systèmes novateurs de récupération et de réemploi des déchets. Le succès a rapidement été au rendez-vous, se traduisant par la création d’emplois.

Avec son déménagement estival dans un entrepôt de la zone logistique de la SNCF, Lemon Tri signe son cinquième changement d’adresse à Pantin et multiplie par quatre sa surface d’activité. Un signe évident de vitalité. Depuis sa création, en 2011, la star du recyclage a recruté une cinquantaine de collaborateurs et n’en finit pas d’innover. 
Connue à l’origine pour ses machines de tri intelligentes destinées à récupérer des emballages, Lemon Tri est passée à la vitesse supérieure en développant toute une gamme de systèmes qui permettent de diversifier les modes de récupération. En 2015, elle traitait 12 tonnes de déchets par an. Pour 2019, on parle déjà de 1 200 tonnes.«  Nous offrons aujourd’hui à des entreprises de toutes tailles une expertise sur la gestion de leurs déchets. Avec un objectif très clair : valoriser au maximum les déchets avec le plus de recyclage possible  », explique Augustin Jaclin, cofondateur de Lemon Tri, dont l’entreprise a même développé une activité de destruction de papiers confidentiels qui fonctionne très bien. Côté projets, un Lemon Tri marseillais pourrait naître dans les prochains mois…

Réduire les déchets, soutenir la création
Occupant le même entrepôt, La Réserve des arts a inventé, il y a onze ans, une nouvelle facette de l’économie circulaire : agir pour la réduction des déchets tout en soutenant la création artistique. Succès garanti. L’association, qui a recruté six personnes en un an, a rejoint Lemon tri en septembre, triplant du même coup sa superficie de stockage. Pour autant, son concept reste inchangé : les matériaux récupérés auprès de lieux culturels ou d’institutions – planches de bois, feuilles de décor, métal, moquette, tissu, etc. – sont vendus à bas prix à ses 6 500 adhérents, tous issus du secteur culturel et artistique.
Depuis le début de l’année, La Réserve explose les compteurs en multipliant les collectes dans le secteur de l’événementiel. Rien que pour la dernière Fashion Week, elle a récupéré en une semaine 250 tonnes de matériaux ayant servi à bâtir les décors des défilés, soit l’équivalent de ce que l’association a collecté pour toute l’année 2018. Des formations sur les techniques du réemploi sont également prévues au programme.

• La Réserve des arts
14, rue Édouard-Vaillant
Les lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi 
et samedi de 10.00 à 18.00.
www.lareservedesarts.org

Emmaüs Coup de main, mode de réemploi

Fondée en 1995, l’association pantinoise Coup de main s’est affiliée au réseau Emmaüs en 2011 avec la certitude de partager les mêmes valeurs. Depuis, elle s’est implantée à Paris et à Bagnolet et est devenue un acteur incontournable du réemploi et de l’insertion par l’activité économique.
Créé dans un ancien garage automobile des Quatre-Chemins, le premier espace de vente de l’association côtoie aujourd’hui deux autres magasins, ainsi que son siège social et l’atelier de tri et de réparation. Entre collecte, réparation et vente, Emmaüs Coup de main offre une deuxième vie aux objets et propose une alternative à la surconsommation. Dans ses trois magasins de l’avenue Édouard-Vaillant, on trouve de tout, vêtements, vaisselle, vélos, mobilier, jouets… De véritables cavernes d’Ali Baba fréquentées l’an dernier par 54 000 clients. «  Sur les 1 000 tonnes que l’on collecte chaque année, on arrive à remettre en vente 66 % des objets. 30 % de ce qui reste est recyclé et seul 1 % du poids de ce que l’on récupère est envoyé en déchetterie  », détaille Julie Lacroix, co-directrice en charge des recycleries. 
Emmaüs Coup de main, c’est aussi – et surtout – un lieu d’insertion et de formation. Depuis 2011, l’association propose des CDD de six mois renouvelables à des hommes et des femmes très éloignés de l’emploi ou qui n’ont pas de logement. Avenue Édouard-Vaillant, ils étaient ainsi, en 2018, 65 à trier, réparer ou vendre les objets récupérés par l’association. «  Outre nos formations réparation, nous proposons à nos salariés en insertion un accompagnement social global et des cours de français  », conclut Charlotte Galloux, co-directrice en charge de l’action sociale.

• Boutiques Emmaüs Coup de main
31, avenue Édouard-Vaillant
Meubles : du mercredi au vendredi de 14.30 à 19.00, le samedi de 10.00 à 13.00 et de 14.00 à 19.00 ; vaisselle et jouets : du mercredi au vendredi de 14.30 à 19.00, le samedi de 10.00 à 13.00 et de 14.00 à 19.00 ; vêtements : du mercredi au samedi de 10.00 à 19.00.

Tisser des liens de fil en aiguille

En partenariat avec la maison de quartier des Quatre-Chemins, Emmaüs Coup de main organise un atelier de couture tous les 15 jours. 
Ce matin-là, le vrombissement des machines à coudre est presque couvert par des bavardages joyeux. Tous les 15 jours, ils sont une dizaine à apprendre à coudre sous l’œil bienveillant d’Alice Cozon, designer produit et couturière émérite. Dans cette petite salle de l’avenue Jean-Jaurès, tout est mis à disposition gratuitement, des machines à coudre aux coupons et autres tissus. «  Ce n’est que de la récup’ : tout vient des magasins d’Emmaüs Coup de main. Ce qui est intéressant, c’est de montrer aux participants qu’à partir d’une matière brute, il est possible de créer un vêtement ou un accessoire  », précise-t-elle avant d’ajouter : «  C’est également très valorisant de créer quelque chose d’unique . » 
Parmi les participants, Sandra peaufine sa première création, des mini coussins à l’effigie de super-héros réalisés à partir des tee-shirts trop petits de ses fils. Anjalle, qui a plus d’expérience, finit de coudre des pantalons et des pyjamas pour ses enfants : «  Cela me permet de faire des économies car, à l’âge de mes enfants, les vêtements sont vite trop petits  », explique-t-elle. Pour Zoubida, 67 ans, cet atelier est surtout l’occasion de «  sortir de chez moi et de partager une activité avec les autres  ».

• Inscription à la maison de quartier des Quatre-Chemins au 01 49 15 39 10.

Eddy les bons smoothies

Si vous fréquentez les maisons de quartier, vous l’avez forcément croisé. Eddy Poloni y transforme en effet des fruits et légumes invendus en de délicieux smoothies et confitures. Rencontre. 
À 40 ans, Eddy Poloni a décidé de changer de vie. Mais, au lieu de se payer une Porsche, il a inventé un vélo du futur, troquant du même coup son ancienne vie de chef de projet internet à La Défense contre un quotidien plus gourmand, saupoudré d’un zeste d’éco-citoyenneté. 
À l’instar des autres membres de Soukmachines, il a quitté la Halle Papin pour l’ancienne charcuterie Busso du Pré-Saint-Gervais, où il occupe un espace frigorifique dans lequel séchaient jadis des saucissons. C’est ici qu’Eddy développe son activité anti-gaspillage et entrepose son drôle d’engin, une cuisine mobile créée sur mesure, autonome en énergie et tractée par un vélo. «  La bicyclette est équipée de panneaux solaires qui servent à faire fonctionner le frigo et la lumière. C’était très important pour moi de cuisiner sur un outil autonome, qui ne marche pas à l’essence comme un foodtruck classique  », explique-t-il. Depuis l’an dernier, Eddy Poloni anime, à l’attention des enfants, des ateliers de sensibilisation contre le gaspillage alimentaire. Avant chaque atelier, il récupère dans des supermarchés de l’Est parisien plus de 20 kilos de fruits et de légumes invendus via l’association Disco Soupe. Direction ensuite les maisons de quartier de Pantin où il confectionne, avec les heureux bambins, des smoothies et des confitures. 

• Eddy Poloni développe également une activité de traiteur avec des produits issus des circuits courts et de l’agriculture raisonnée. Plus d’informations : www.eddypoloni.fr

Nadège Guéroult, une vie sur mesure

Le réemploi des matériaux ? Une aubaine pour créer son propre emploi. La preuve avec Nadège Guéroult qui vient de fonder sa marque de sacs conçus à partir de matériaux récupérés.
Pendant près de trente ans, Nadège Guéroult a créé, à la grande époque du Sentier, des collections de vêtements pour un fabricant de prêt-à-porter. Mais, il y a un an, le déclin du royaume du textile a eu raison de son emploi. Écœurée par la fast fashion et le prêt-à-porter de masse, la sexagénaire a choisi de créer son emploi en lançant sa propre marque de maroquinerie, Elzoz, qui décline des pièces uniques réalisées à partir de matériaux récupérés. «  J’achète, dans les dépôts-ventes et les vide-greniers, des vêtements en cuir et des sacs à main sur lesquels je récupère les boucles et les anses. J’aime aussi aller à La Réserve des arts, où je pourrais rester des heures. Pour les textiles, je me procure des chutes chez des tapissiers ou des fins de rouleaux chez d’anciens fournisseurs  », précise-t-elle.
Dans son appartement pantinois, un coin du salon est devenu un showroom éphémère et l’ancienne chambre des enfants, un atelier de couture où se côtoient des sacs de différentes formes aux couleurs et matières inattendues : des cabas cuir-crochet, des sacs en tissu et même des sacs de yoga qui commencent à faire parler d’eux. «  Ils sont beaux et pratiques avec toutes leurs poches ! L’extérieur est en tissu Jacquard récupéré chez un tapissier et la doublure a été faite à partir de draps chinés dans un vide-greniers  », détaille-t-elle.
Toutes les pièces de Nadège Guéroult sont personnalisables à l’envi et s’élaborent en co-création avec les clients, du choix du tissu au nombre de poches.

• Infos et contact sur www.elzoz-sacs-cabas.com

Recettes anti-gaspi

La ville teste actuellement un dispositif de tri et de valorisation des déchets alimentaires dans les cantines de trois écoles pilotes. Une action qui s’ajoute à celle engagée depuis trois ans pour valoriser les biodéchets générés par les marchés.
Au niveau national, on estime que 10  millions de tonnes de nourriture sont jetées chaque année, ce qui représente un coût de 16  milliards d’euros et correspond à une empreinte carbone de 15,3  millions tonnes de CO2. À Pantin, une partie du volume des repas servis dans les cantines scolaires n’est pas consommé. Une aberration tant économique qu’environnementale que la ville tente, à son niveau, d’endiguer.
Pantin expérimente, dans le cadre du Plan climat air énergie territorial et en lien avec Est Ensemble, un nouveau dispositif de tri, de récupération et de valorisation des déchets alimentaires dans les cantines. Trois écoles pilotes – Joséphine-Baker, Henri-Wallon et Jean-Jaurès – sont dorénavant équipées de tables de tri. Comportant trois poubelles, celles-ci permettent aux demi-pensionnaires d’y jeter séparément les déchets alimentaires, les emballages vides et les emballages souillés. Ces restes sont pesés en direct afin de sensibiliser concrètement les enfants au gaspillage alimentaire et suivre l’efficacité du tri.
Ce dispositif permet aussi à la ville de valoriser les déchets alimentaires générés par ses cantines. Collectés chaque jour par l’entreprise sociale et solidaire Moulinot, ces derniers sont évacués dans plusieurs sites de la région pour y être transformés en compost ou en biogaz. Depuis trois ans, la même entreprise collecte, à la fin des trois marchés forains de la ville, les biodéchets préalablement triés par les commerçants qui disposent de poubelles spécifiques. Chaque mois, sept tonnes sont ainsi récupérées pour être également transformées en compost ou en biogaz qui fait rouler les véhicules des agriculteurs franciliens.

LE SAVIEZ-VOUS ?

La seconde vie des pavés pantinois 
Le revêtement de la place de la Pointe est en partie constitué des anciens pavés du site, dont une bonne part était cachée sous le bitume. Après un petit lifting, 5 300 md’entre eux ont pu regagner leur place initiale et s’offrir une nouvelle vie à l’air libre. Pour cela, ils ont été chouchoutés dans un atelier de triage situé dans l’Aisne, où ils ont été nettoyés et sciés afin d’obtenir un aspect plus lisse. L’objectif de cette démarche était de conserver certains matériaux symboles de l’identité du site, à l’instar des anciens rails.
De l’autre côté du canal, dans le cadre de la construction par la SNCF de son Centre de commande unifié, 700 mde pavés datant XIX siècle, issus de la démolition de l’ancienne gare de marchandises où l’équipement de régulation de trafic prendra place, ont été entreposés sur le site ferroviaire voisin. Dans quelques mois, ils serviront à créer le cheminement piétonnier menant au collège qui ouvrira ses portes en 2021. Des pavés qui seront également réutilisés dans d’autres espaces publics. Ànoter que les bâtiments de l’écoquartier seront construits avec le maximum de matériaux récupérés.