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Culture

La Nuit Blanche sort de son lit

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Samedi 5 octobre la très parisienne Nuit Blanche s’émancipe et devient métropolitaine. En investissant le périphérique et en le franchissant pour atterrir à Pantin, la fête déambulatoire augure le Paris de demain, sur le thème du mouvement. De la place de la Pointe à la Cité fertile en passant par le théâtre du Fil de l’eau, sélection des rendez-vous à ne pas manquer...
Article de Alain Dalouche, publié dans Canal n°282, octobre 2019.

Ceinturant l’ouest de la ville, de la porte de La Villette à la porte de Pantin, le périph’ se transforme toute la nuit en vélodrome lumineux sur ce tronçon (de 19.00 à 6.30). Tout un symbole pour une Nuit Blanche qui ose, chaque année, davantage. Mais comment participer à cette vélochée festive ? Enfourcher son vélo et s’inscrire sur le site internet de la Nuit Blanche pour équiper sa monture de lucioles lumineuses et contribuer au nouvel éclairage nocturne de cette grande fête populaire. Une manière de vivre l’événement de l’intérieur. « Nous désirons cette année créer à la fois une Nuit Blanche en mouvement et un immense mouvement participatif », rappelle le directeur artistique de l’événement Didier Fusiller, également à la tête du parc de La Villette.
Poursuivant l’objectif initial de la première édition en 2002 – permettre à chacun de rencontrer des artistes et « chercher le frottement avec les autres dans leurs différences » –, La Nuit Blanche accueille, notamment, une gigantesque parade d’artistes promeneurs et de grandes traversées sportives. Elle se prolonge de ce côté du périphérique avec des surprises jubilatoires. Du Théâtre du Fil de l’eau à La Dynamo de Banlieues Bleues en passant par la Cité Fertile, le Jardin 21, la place de la Pointe et les Grandes-Serres, suivez le guide !

« La nuit blanche 2019, un immense mouvement participatif »

Une histoire nommée musique

La conférence radiophonique imaginaire du musicien-performer Fantazio et du réalisateur radio Arnaud Forest promet un truculent moment d’improvisation déjantée. 

Canal : Quelle forme cette conférence va-t-elle prendre ?
Fantazio : C’est une parodie des conférences traditionnelles sur l’histoire de la musique, avec, peut-être, des passages instrumentaux et chantés. C’est assez improvisé et les digressions ne manquent pas. C’est du révisionnisme, à l’image des films de Tarantino.

Pourquoi parler de révisionnisme ?
F. : Nous sommes dans un mon-de qui confond le vrai et le faux, où les rapports restent en surface, un monde de fausse vie (…). Parler de révisionnisme est provocateur, car le terme n’est utilisé que pour des questions historiques, mais on pourrait l’employer pour tout un tas de sujets.

Pourquoi cette tranche de l’histoire allant du rockabilly à PNL ?
F. : Un peu par ironie ! Le rockabilly est considéré comme une sous-musique blanche américaine que les musiciens de jazz détestent : une musique qui essaie en vain de retrouver le rythme, avec une maladresse que je trouve touchante.

À 21.15 et 22.30, entrée libre
Conférence imaginaire radiophonique
Fantazio & Arnaud Forest
Nef de La Dynamo de Banlieues Bleues
9, rue Gabrielle-Josserand

Déplacer des montagnes

Les performeuses Chloé Maillet et Louise Hervé vous attendent pour reproduire des scènes du néolithique. Un spectacle entre expérience scientifique et dérision.  

Canal : Quel est le point de départ de cette performance participative ?
Chloé Maillet : La construction des sites néolithiques et la découverte du Tumulus de Dissignac, à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Les historiens supposent à propos de ce site que ceux qui ont commencé à l’élever n’ont pu voir la construction finalisée de leur vivant. Une des autres hypothèses le concernant serait que les pierres du site aient été déplacées pour des occasions festives.

Comment transposez-vous ce rituel pour La Nuit Blanche ?
C.M. : L’idée consiste à transposer un morceau d’histoire dans le présent. À le transformer en situation actuelle et à le vivre. Et nous invitons évidemment tout le monde à participer. Peut-on faire une fête à l’idée de transporter une grosse pierre ensemble ? Nous vous réservons quelques surprises pour cette performance près du canal.

D’artistes, vous vous transformez en historiennes…
C.M. : Pour nous, le plus intéressant est le transport des pierres plutôt que l’objet final. Au début des années 1970, des archéologues ont organisé des reconstitutions festives : en reproduisant une pierre (en béton), ils n’ont pu la déplacer que de 20 mètres en une journée, alors que les distances à parcourir s’élevaient à cinq kilomètres à l’époque.

À 20.00, accès libre
Performance
L'ingénieure qui transportait des pierres
Théâtre du Fil de l'eau
20, rue Delizy

En déambulant des Grands Moulins à la place de la Pointe

La flânerie nocturne se poursuit le long du canal, provoquant des moments d’arrêt et d’étonnement jusqu’aux festivités de la place de la Pointe.

Devenue familière des Pantinois depuis ses premiers tours de roue sur le territoire, la singulière caravane Kickart, vitrine d’art mobile, donne à voir l’œuvre d’un artiste. Installée quai de l’Aisne, au pied des Grands Moulins, l’exposition mobile s’accompagne de performances entre 18.00 et 20.00.

En poursuivant la déambulation le long du canal, les noctambules apercevront les fresques de l’hôtel de ville, éclairées de l’intérieur. Plus loin, sur le passerelle Delizy, l’artiste Flora dévoile une sculpture, un emplacement de choix pour découvrir trois bulles flottantes habitées par trois mannequins parés de vêtements conçus par la classe scénique de l’École supérieure des arts et techniques de la mode (Esmod).

La place de la Pointe s’anime avec la danse participative de DJ Chazam, à découvrir sur la péniche Metaxu de 18.00 à 2.00 du matin et des performances et DJ Sets à Dock B, de 21.00 à 2.00. Pour clore la déambulation par quelques idées croustillantes, l’exposition Futures of love fait nocturne jusqu’à 2.00 aux Magasins généraux.

Les jardins en serre

Une quarantaine d’artistes invitent les noctambules à une déambulation sur le site industriel des anciennes Halles Pouchard, devenu Les Grandes-Serres de Pantin. Une exposition collective qui se penche au chevet de la Terre.

Jardinons les possibles !  Comme une injonction, une évidence ou un rêve, l’exposition se déploie autour de quatre sections : Nos cabanes, Horizons différents, Philosophie végétale et Génie des bêtes. Dans cette cathédrale industrielle, en reconversion sous la houlette d’Alios Développement, les cabanes révèlent la précarité et interrogent sur le sens d’habiter la Terre. L’horizon, lui, se conçoit comme une ligne de partage entre le ciel et la Terre. Plus loin, les végétaux et les animaux deviennent des espèces rares.
Deux performances animeront cette coulée verte. Telle une allégorie de la nature, l’artiste performeuse italienne Romina de Novellis, enfermée dans une cage, créera son environnement et disparaîtra sous les fleurs. À quelques pas de là, le dessinateur Yann Toma, véritable personnage végétal, réalisera des dessins de plantes au milieu des installations. En inventant un média vivant et libre, il interpellera les citoyens.

De 19.00 à minuit
Exposition et performances
Jardinons les possibles
Les Grandes-Serres/Alios
1, rue du Cheval-Blanc

L'Olympie en terre fertile

L’esprit olympique de cette Nuit Blanche se retrouve à la Cité Fertile avec des installations ludiques et « sportivo-artistiques » conçues pour l’événement. Ce soir-là, les participants devront inventer les règles de ces nouveaux sports.

« Nous attendons trois tables de ping-pong avec des formes très particulières, des recoins, des trous. Sur ces tables, les règles sont à inventer par les joueurs. Des projets vont également sortir autour du vélo, pour rester dans la mouvance du périphérique transformé en vélodrome. Nous retrouverons aussi les activités sportives que l’on peut déjà pratiquer à la Cité Fertile, la pétanque, le beach-volley, mais aussi le nouveau polo-vélo », précise la programmatrice, Laure Vergne. Sans tambours ni trompettes, ce parcours d’expérimentation conçu par le collectif Exercice Studio renoue avec l’esprit olympique originel. S’ajoutent des performances musicales, mais également, dans l’après-midi, d’autres expérimentations sous le titre de Cop1 avec des conférences et ateliers montés par des étudiants.

De 18.00 à minuit
Parcours d'expérimentation
Cité Fertile
14, av. Édouard-Vaillant

Les rumeurs de la ville

Vous êtes-vous déjà attardé sur les sons urbains ? Sous la houlette du musicien Marco Marini, Pantin s’entend différemment. Après en avoir capté et mixé les sons du quotidien, puis assisté à un concert électroacoustique de haut-parleurs, vous n’écouterez plus jamais Pantin de la même façon.

Comment le parcours urbain va-t-il se dérouler ?
Marco Marini : Il s’agit d’une promenade « écoutante » pour un groupe d’une vingtaine de personnes équipées d’enregistreurs-amplificateurs et de casques.

Canal : Pantin sonne-t-elle d’une façon particulière ?
M.M. : Sous le pont de la mairie, il y a un décrochement dans la chaussée, les voitures produisent un son grave assez particulier. La rue du Chemin-de-Fer est intéressante avec ses grands murs qui réverbèrent les sons de la ville…

Que vont devenir ces sons une fois captés ?
M.M. : Nous allons jouer ces sons préparés, nettoyés et isolés sur des interfaces : claviers, pads, souris…

Quelle musique sera jouée en concert ?
M.M. : Nous programmons trois pièces – Résonnances urbaines (7’21), Canal instantané (8’27), Canal multiple (15’) – à tendance phonographique où les sons peuvent se reconnaître. Un orchestre d’une vingtaine de haut-parleurs, un acousmonium, joue ces pièces électroacoustiques pour placer l’auditeur en immersion sonore.

Quels sont les dénominateurs communs de ces trois pièces ?
M.M. : La prise de son urbaine de Pantin et du canal ! Nous jouons une pièce de Christine Groult, avec des prises de son qui ont été faites le long du canal, du bassin de La Villette à Bobigny, dans laquelle on retrouve beaucoup de sons de passages : péniches, vélos, rollers…

De 15.00 à 18.00
Parcours sonore  
Gratuit sur réservation par téléphone au 01 49 15 39 99
À 20.30
Concert de musique électroacoustique   
Entrée libre
Jardin 21
12, rue Ella-Fitzgerald, 75019 Paris